{"id":1359,"date":"2020-06-15T15:31:23","date_gmt":"2020-06-15T13:31:23","guid":{"rendered":"https:\/\/candyfactory.ch\/de-leconomie-dans-lart-contemporain-entrepreneuriat-profit-et-critique\/"},"modified":"2021-08-12T18:29:27","modified_gmt":"2021-08-12T16:29:27","slug":"de-leconomie-dans-lart-contemporain-entrepreneuriat-profit-et-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/candyfactory.ch\/en\/de-leconomie-dans-lart-contemporain-entrepreneuriat-profit-et-critique\/","title":{"rendered":"De l&#8217;\u00e9conomie dans l&#8217;art contemporain: entrepreneuriat, profit et critique"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Article written by Rui-Long Monico as part of the seminar &#8220;The artist as an entrepreneur&#8221; directed by Deborah Laks, professor at the University of Geneva and researcher at the CNRS. Published on 15.06.2020, currently only available in French.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L&#8217;artiste et le profit<\/h3>\n\n\n\n<p>G\u00e9nie cr\u00e9atif \u0153uvrant dans la solitude de son atelier, libre de toute contrainte mat\u00e9rielle et qui ne conna\u00eetrait la fortune critique et commerciale que de mani\u00e8re posthume : la repr\u00e9sentation romantique de l&#8217;artiste reste fortement ancr\u00e9e dans l&#8217;imaginaire collectif. D\u00e9j\u00e0, le philosophe allemand Karl Marx (1818-1883) se plaisait \u00e0 voir dans l&#8217;Artiste la figure id\u00e9ale de l&#8217;ouvrier non ali\u00e9n\u00e9, travaillant par go\u00fbt et selon ses propres modalit\u00e9s, sans jamais se soumettre aux pressions externes\u202f; ainsi dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u202fpost-capitaliste\u202f\u00bb de la parousie marxiste, tout travailleur jouirait d&#8217;un travail cr\u00e9atif idoine \u00e0 celui d&#8217;un artiste.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quid<\/em> de la r\u00e9alit\u00e9?<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe dans le monde de l&#8217;art un puritanisme \u2013 bien souvent de fa\u00e7ade \u2013 dans le rapport qu&#8217;entretiennent les artistes avec l&#8217;\u00e9conomie : nombre d&#8217;entre eux semblent effectivement accorder peu de place aux consid\u00e9rations d&#8217;ordre p\u00e9cuniaire. S&#8217;int\u00e9resser \u00e0 l&#8217;argent ou, pire, gagner de l&#8217;argent, est g\u00e9n\u00e9ralement mal per\u00e7u \u2013 ph\u00e9nom\u00e8ne qui tend \u00e0 s&#8217;accentuer ces derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu&#8217;il soit possible de trouver des \u00ab\u202fsp\u00e9cimens\u202f\u00bb adh\u00e9rant de mani\u00e8re orthodoxe \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de d\u00e9sint\u00e9ressement mat\u00e9riel, la vaste majorit\u00e9 des artistes cherche \u00e0 d\u00e9velopper carri\u00e8re et r\u00e9seau d&#8217;influence, respectivement \u00e0 obtenir une l\u00e9gitimation, y compris commerciale. La production et la diffusion de l&#8217;art s&#8217;inscrivent ainsi dans un syst\u00e8me socio-\u00e9conomique, tandis que la plupart des acteurs du domaine adoptent un comportement entrepreneurial, ou tout du moins acceptent les r\u00e8gles dudit syst\u00e8me socio-\u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son article intitul\u00e9 <em>Le marketing de l&#8217;expressivit\u00e9 \u00e0 New York au cours des ann\u00e9es cinquante<\/em>, l&#8217;historien de l&#8217;art Serge Guilbaut rapporte par exemple l&#8217;anecdote du peintre new-yorkais Franz Kline (1910-1962) [ill.1] qui, tr\u00e8s exactement le 31 juillet 1958, s&#8217;acheta une Ford T&#8217;Bird neuve\u202f; imposante et luxueuse voiture pay\u00e9e 4&#8217;609 dollars, une fortune pour l&#8217;\u00e9poque. Pour l&#8217;artiste, cet acte \u00e9tait le symbole de son accession \u00e0 la classe moyenne, de la&nbsp; transition d&#8217;une vie de boh\u00e8me vers \u00ab\u202fl&#8217;<em>American Dream<\/em>\u202f\u00bb. Membre d&#8217;un groupe d&#8217;artistes relativement proche des penseurs trotskistes \u2013 l&#8217;expressionnisme abstrait \u2013 Franz Kline \u00e9tait peut-\u00eatre le premier d&#8217;entre eux \u00e0 s&#8217;embourgeoiser alors que le march\u00e9 ouvrait ses portes \u00e0 cette nouvelle esth\u00e9tique. \u00ab L&#8217;artiste d&#8217;avant-garde pouvait enfin, comme tant d&#8217;autres, s&#8217;asseoir dans une de ces magnifiques machines que les publicit\u00e9s [&#8230;] avaient fait miroiter depuis si longtemps au d\u00e9sir du nouveau consommateur\u202f\u00bb (Guilbaut).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"796\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_01-1024x796.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1274\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_01-1024x796.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_01-300x233.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_01-768x597.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_01-1536x1195.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_01.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 1. Franz Kline : <em>Le Gros<\/em> (1961).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Lorsqu&#8217;en 1998, Picasso Administration accorda au constructeur automobile fran\u00e7ais Citro\u00ebn, pour une dur\u00e9e de vingt ans, une licence l&#8217;autorisant \u00e0 utiliser le nom \u00ab\u202fPicasso\u202f\u00bb pour d\u00e9signer l&#8217;un de ses mod\u00e8les de voitures, certains se sont indign\u00e9s \u2013 \u00e0 l&#8217;image de Jean Clair, alors directeur du Mus\u00e9e Picasso \u00e0 Paris. Les d\u00e9tails de la transaction sont rest\u00e9s confidentiels, toutefois, il se chuchote un montant de vingt millions d&#8217;euros en \u00e9change du droit de reproduire la signature du peintre et sculpteur espagnol sur les ailes avant des v\u00e9hicules [ill.2&amp;3], ainsi que le versement d&#8217;une redevance pour chaque voiture produite. Ce n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas la premi\u00e8re fois qu&#8217;il fut reproch\u00e9 \u00e0 Claude Picasso sa d\u00e9marche par trop mercantile. Fils de l&#8217;artiste, il est le fondateur et directeur de Picasso Administration, une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e unipersonnelle g\u00e9rant, pour le compte des nombreux h\u00e9ritiers, les droits li\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u0153uvre, au nom et \u00e0 l&#8217;image du d\u00e9funt ; consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u202fl&#8217;h\u00e9ritage du si\u00e8cle \u00bb, ce patrimoine est estim\u00e9 \u00e0 dix milliards d&#8217;euros.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_02-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1279\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_02-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_02-300x200.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_02-768x512.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_02.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 2. D\u00e9tail des feux arri\u00e8re d&#8217;une Citro\u00ebn <em>C4 Picasso<\/em> II marqu\u00e9e de la signature de Pablo Picasso.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-video\"><video height=\"360\" style=\"aspect-ratio: 480 \/ 360;\" width=\"480\" controls src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur-2.mp4\"><\/video><figcaption>Illustration 3. Euro RSCG Paris (agence de publicit\u00e9), \u00c9ric Coignoux (r\u00e9alisateur) &amp; Pink Martini (musique) : <em>Le Robot<\/em> (2000). Film publicitaire pour la campagne europ\u00e9enne de la Citro\u00ebn Xsara Picasso.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Mais cette marchandisation aurait-elle outr\u00e9 Pablo Picasso (1881-1973), fondateur du cubisme, ouvertement communiste et un temps proche des milieux trotskistes ? S&#8217;il prit sa carte au Parti communiste fran\u00e7ais au cr\u00e9puscule de la guerre, un 5 octobre 1944, cela ne l&#8217;emp\u00eacha pas, moins de deux ans plus tard, d&#8217;accepter la proposition de l&#8217;hypercapitaliste marchand new-yorkais Samuel Kootz (1898\u20131982) de le repr\u00e9senter sur sol \u00e9tasunien [ill.4]. Ce dernier \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 pour sa mani\u00e8re plut\u00f4t agressive de vendre de l&#8217;art, voyageant de ville en ville, ses valises pleines de tableaux tel un colporteur. Samuel Kootz se vantait d&#8217;avoir imit\u00e9 certaines techniques de vendeurs de voitures ; ainsi n&#8217;h\u00e9sitait-il pas \u00e0 brader les \u0153uvres invendues en fin d&#8217;ann\u00e9e pour laisser place \u00e0 une nouvelle collection. Sur l&#8217;insistance de Pablo Picasso, Samuel Kootz lui acheta en masse et \u00e0 prix d&#8217;or des tableaux pour assouvir, outre-Atlantique, les app\u00e9tits des collectionneurs fortun\u00e9s ; ces toiles qui ne manqu\u00e8rent pas d&#8217;inonder le march\u00e9 de l&#8217;art \u00e9tasunien \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es, notamment par Bill Williams, directeur de la Downtown Gallery, comme \u00ab\u202fb\u00e2cl\u00e9es \u00bb et r\u00e9alis\u00e9es avec \u00ab cynisme \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1021\" height=\"674\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_04.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1285\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_04.jpg 1021w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_04-300x198.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_04-768x507.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1021px) 100vw, 1021px\" \/><figcaption>Illustration 4. Pablo Picasso (assis) dans son studio du quai des Grands-Augustins \u00e0 Paris aux c\u00f4t\u00e9s de Samuel Kootz (~1947-1948), photographi\u00e9s par l&#8217;artiste Michel Sima.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L&#8217;art et l&#8217;entreprise<\/h3>\n\n\n\n<p>Et quel int\u00e9r\u00eat peut porter l&#8217;\u00e9conomie \u2013 et plus pr\u00e9cis\u00e9ment l&#8217;entreprise \u2013 pour l&#8217;art\u202f? L&#8217;entreprise est une personne morale dont le but est ontologiquement commercial\u202f: par la production puis la vente de biens ou de services, un profit est recherch\u00e9. Objectif <em>a priori<\/em> fort \u00e9loign\u00e9 des pr\u00e9occupations de l&#8217;art.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;on pourrait arguer que les gratte-ciel qui h\u00e9bergent les si\u00e8ges des multinationales se sont d\u00e9sormais substitu\u00e9s \u00e0 la verticalit\u00e9 jadis offerte par les fl\u00e8ches des cath\u00e9drales et les tourelles des seigneurs f\u00e9odaux [ill.5]. Car le capital priv\u00e9 semble avoir durablement remplac\u00e9 le Prince et l&#8217;\u00c9glise comme principal pourvoyeur de fonds au b\u00e9n\u00e9fice des Arts. Pour certaines entreprises, il s&#8217;agit d&#8217;un m\u00e9canisme d&#8217;optimisation fiscale, d&#8217;un outil <em>marketing<\/em> en vue d&#8217;accro\u00eetre les ventes ou, plus rarement, d&#8217;un investissement sp\u00e9culatif dans des actifs mobiliers. Pour d&#8217;autres, le gain attendu est immat\u00e9riel\u202f: prestige, notori\u00e9t\u00e9, <em>soft power<\/em> et, pour les plus imposantes, l&#8217;espoir de pouvoir inscrire une marque dans l&#8217;histoire civilisationnelle.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"456\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_05-1024x456.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1288\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_05-1024x456.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_05-300x134.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_05-768x342.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_05.jpg 1502w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 5. [\u00c0 gauche] Monseigneur Richard Poore (ma\u00eetre d&#8217;ouvrage) &amp; Elias de Derham (architecte et ma\u00eetre tailleur de pierre) : <em>Cathedral Church of the Blessed Virgin Mary<\/em> (1320), Salisbury. [\u00c0 droite] William Pereira (architecte) &amp; Hathaway Dinwiddie Construction Company (entreprise g\u00e9n\u00e9rale) : <em>The Transamerica Pyramid<\/em> (1972), San Francisco.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet effet, qu&#8217;elle soit commanditaire, m\u00e9c\u00e8ne ou sponsor, l&#8217;entreprise \u2013 g\u00e9n\u00e9ralement par le biais de son bras philanthropique, la fondation d&#8217;entreprise \u2013 tend \u00e0 privil\u00e9gier l&#8217;art contemporain, tous pays confondus. Ce qui se v\u00e9rifie dans les ench\u00e8res, les artistes vivants les plus cot\u00e9s b\u00e9n\u00e9ficiant presque syst\u00e9matiquement d&#8217;un soutien <em>corporate<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la forme la plus fr\u00e9quente de soutien est l&#8217;acquisition d&#8217;\u0153uvres au profit des collections d&#8217;entreprises (la plupart des grands groupes en ont une), cela se traduit \u00e9galement par de l&#8217;aide \u00e0 la production, des relais m\u00e9diatiques, une assistance technique ou la mise \u00e0 disposition de lieux d&#8217;exposition. Les exemples sont nombreux. La Deutsche Bank poss\u00e8de l&#8217;une des plus vastes collections d&#8217;art contemporain du monde [ill.6]. Philip Morris International fut le sponsor principal de l&#8217;exposition culte de Harald Szeemann <em>When attitudes become form: live in your head<\/em> (1969) \u00e0 la Kunsthalle Bern [ill.7]. \u00c0 Bruxelles, la maison de maroquinerie Herm\u00e8s a quant \u00e0 elle inaugur\u00e9 en 2000 \u00ab\u202fLa Verri\u00e8re\u202f\u00bb [ill.8], un espace d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la promotion de la rel\u00e8ve en art contemporain.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_06-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1291\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_06-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_06-300x200.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_06-768x512.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_06-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_06.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 6. Photographie d&#8217;une exposition de la Deutsche Bank Collection tenue \u00e0 Londres en 2016. Au premier plan, Tony Cragg : <em>Secretions<\/em> (1998).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"680\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_07-1024x680.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1293\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_07-1024x680.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_07-300x199.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_07-768x510.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_07-1536x1021.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_07.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 7. Photographie de l&#8217;exposition <em>When attitudes become form: live in your head<\/em> (1969) \u00e0 la Kunsthalle Bern.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_08-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1295\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_08-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_08-300x200.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_08-768x512.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_08-1536x1025.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_08.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 8. Vue de l\u2019exposition de Babi Badalov, <em>Soul Mobilisation<\/em> (2019) tenue \u00e0 La Verri\u00e8re en 2019. Photographie de Isabelle Arthuis.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>En France, l&#8217;exception culturelle fran\u00e7aise a longtemps aliment\u00e9, chez de nombreux acteurs de la culture, une m\u00e9fiance latente envers le secteur marchand. Par mim\u00e9tisme, les artistes fran\u00e7ais furent singuli\u00e8rement r\u00e9ticents \u00e0 collaborer avec le monde de l&#8217;entreprise, incarnation du profit. Ainsi, dans la p\u00e9riode de l&#8217;apr\u00e8s-guerre, le m\u00e9c\u00e9nat entrepreneurial provenait majoritairement de r\u00e9gies publiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Renault \u2013 alors une entreprise \u00e9tatique et \u00ab\u202flocomotive industrielle d\u2019une France en pleine transformation\u202f\u00bb (Hindry) jusqu&#8217;\u00e0 sa privatisation en 1990 \u2013 fit de sa politique de convergence entre art et industrie, une mesure de soutien \u00e0 l&#8217;art contemporain. Jean Dubuffet (1901-1985), Jes\u00fas-Rafael Soto (1923-2005) ou encore Arman (1928-2005) re\u00e7urent des commandes pour am\u00e9nager les bureaux ou mener des actions artistiques dans les usines du constructeur automobile, afin de stimuler les employ\u00e9s. Au-del\u00e0 de l&#8217;aspect financier, Renault mit \u00e0 disposition des artistes un soutien technique, logistique et humain : fourniture de pi\u00e8ces automobiles pour les expansions de C\u00e9sar (1921-1998) [ill.9], expertise d&#8217;ing\u00e9nieurs pour r\u00e9pondre aux probl\u00e9matiques techniques de Victor Vasarely (1906-1997), approvisionnement de Robert Rauschenberg (1925-2008) ou de Jean Tinguely (1925-1991) en r\u00e9sidus industriels pour leurs \u0153uvres questionnant les d\u00e9bris de la soci\u00e9t\u00e9 moderne. De mani\u00e8re analogue, Yves Klein (1928-1962) eut acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;\u00e9quipement industriel de Gaz de France, \u00e9tablissement public aujourd&#8217;hui privatis\u00e9, pour r\u00e9aliser ses <em>Peintures de feu<\/em> (1961) [ill.10].<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_09-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1297\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_09-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_09-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_09-768x576.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_09-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_09.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 9. C\u00e9sar : <em>Expansion n\u00b014<\/em> (1970).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"834\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_10.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1299\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_10.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_10-300x244.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_10-768x626.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 10. Yves Klein r\u00e9alisant une peinture de feu en 1961.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Avec l&#8217;affaiblissement progressif de l&#8217;\u00c9tat fran\u00e7ais, le secteur priv\u00e9 est revenu sur le devant de la sc\u00e8ne pour combler le vide laiss\u00e9 par l&#8217;appareil public. Deux hommes d&#8217;affaires, parmi les plus grandes fortunes mondiales, vont particuli\u00e8rement se distinguer dans ce registre. Fran\u00e7ois Pinault \u2013 fondateur du groupe Kering qui d\u00e9tient notamment les marques Gucci, Yves Saint Laurent, Boucheron, Bottega Veneta ou Alexander McQueen \u2013 et Bernard Arnault \u2013 PDG et actionnaire majoritaire du groupe LVMH qui d\u00e9tient notamment les marques Louis Vuitton, Dior, Givenchy, Tiffany &amp; Co. ou Bulgari \u2013 nourrissent une rivalit\u00e9 tant \u00e9conomique que culturelle. Si leurs entreprises respectives se disputent les m\u00eames parts de march\u00e9 dans le secteur de la haute couture et du luxe, les deux entrepreneurs ont \u00e9galement fait de leur passion pour l&#8217;art un outil strat\u00e9gique, en t\u00e9moignent, notamment, les moyens financiers et m\u00e9diatiques mis \u00e0 disposition de leurs institutions mus\u00e9ales priv\u00e9es, le Palazzo Grassi sis au bord du Cana\u0142asso de Venise et la Fondation Louis Vuitton sise dans le bois de Boulogne \u00e0 Paris [ill.11].<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"402\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_11-1024x402.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1301\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_11-1024x402.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_11-300x118.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_11-768x301.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_11-1536x602.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_11.jpg 1777w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 11. [\u00c0 gauche] Giorgio Massari (architecte d&#8217;origine) &amp; Tadao And\u014d (architecte de la r\u00e9novation \u00ab\u202fFran\u00e7ois Pinault \u00bb) : <em>Palazzo Grassi<\/em> (1772), Venise. [\u00c0 droite] Frank Gehri (architecte) : <em>Fondation Louis Vuitton<\/em> (2014), Paris.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L&#8217;artiste en tant que travailleur ind\u00e9pendant, en tant qu&#8217;entrepreneur<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Consid\u00e9rons comme un travailleur ind\u00e9pendant l&#8217;artiste qui, sans \u00eatre employ\u00e9 ou salari\u00e9 d&#8217;autrui, est ma\u00eetre de ses conditions de travail \u2013 qu&#8217;il soit seul ou \u00e0 la t\u00eate d&#8217;un atelier, aussi large soit-il. Afin de garantir la r\u00e9mun\u00e9ration de ses activit\u00e9s et le respect de ses droits, de permettre la signature de contrats ou la reconnaissance de son travail comme \u00e9tant une cr\u00e9ation artistique, tout artiste en tant que travailleur ind\u00e9pendant adopte une forme institutionnelle. Dans la mesure o\u00f9 il r\u00e9alise des projets d&#8217;une certaine complexit\u00e9, combinant des ressources vari\u00e9es, l&#8217;artiste est entreprise. Ateliers d&#8217;artistes du <em>Quattrocento<\/em> ou guildes d&#8217;artisans des villes hans\u00e9atiques, des artistes acquirent tr\u00e8s t\u00f4t la structure juridique et l&#8217;ind\u00e9pendance financi\u00e8re qui leur permirent de g\u00e9rer et de d\u00e9velopper leurs activit\u00e9s avec une certaine autonomie. La production de l&#8217;artiste s&#8217;inscrivait, d\u00e8s lors, directement \u00ab dans le jeu social et \u00e9conomique \u00bb (Menger), tandis que l&#8217;autod\u00e9termination ainsi acquise, tout en introduisant un risque additionnel de pr\u00e9carit\u00e9, lui offrait une libert\u00e9 relative dans le choix des commandes \u00ab\u202fpour pouvoir contr\u00f4ler son circuit de revenu \u00bb (Greffe).<\/p>\n\n\n\n<p>Il en \u00e9tait ainsi pour Gustave Courbet (1819-1877) qui organisait la vente de ses \u0153uvres de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9, court-circuitant ce faisant tant les marchands et leurs commissions que les m\u00e9c\u00e8nes et leurs <em>desiderata<\/em>. Sa d\u00e9marche inspira le groupe des Batignolles [ill.12], association informelle de jeunes peintres d&#8217;avant-garde rassembl\u00e9s autour d&#8217;\u00c9douard Manet (1832-1883). Afin de contourner leur exclusion syst\u00e9matique des salons officiels, mais \u00e9galement pour prendre en main la vente et la promotion de leurs \u0153uvres, ils fond\u00e8rent, le 27 d\u00e9cembre 1873, la Soci\u00e9t\u00e9 anonyme coop\u00e9rative des artistes peintres, sculpteurs et graveurs. Celle-ci tint son unique exposition du 15 avril au 15 mai 1874 dans les studios de l&#8217;\u00e9crivain et photographe Nadar (1820-1910), au Boulevard des Capucines 35, dans le neuvi\u00e8me arrondissement de Paris. Trente artistes y particip\u00e8rent, parmi lesquels Camille Pissarro (1830-1903), Edgar Degas (1834-1917), Alfred Sisley (1839-1899), Paul C\u00e9zanne (1839-1906) ou encore Pierre-Auguste Renoir (1841-1919). L&#8217;exposition fut un \u00e9chec retentissant qui provoqua la faillite et la dissolution de la soci\u00e9t\u00e9 sept mois plus tard \u2013 \u00e9chec en partie d\u00fb \u00e0 l&#8217;hostilit\u00e9 des critiques d&#8217;art de l&#8217;<em>establishment<\/em> parisien. L&#8217;un d&#8217;entre eux, le journaliste Louis Leroy, serait d&#8217;ailleurs \u00e0 l&#8217;origine du terme \u00ab\u202fimpressionniste\u202f\u00bb quand, dans un article sarcastique, il tourna en d\u00e9rision l&#8217;\u0153uvre <em>Impression, soleil levant<\/em> (1872) [ill.13] de Claude Monet (1840-1926). Par voie de presse, ses confr\u00e8res ne tard\u00e8rent pas \u00e0 reprendre le bon mot pour appeler cet \u00e9v\u00e9nement, p\u00e9jorativement et contre l&#8217;avis des artistes, \u00ab\u202fl&#8217;Exposition des impressionnistes\u202f\u00bb. La d\u00e9convenue n&#8217;emp\u00eacha pas les d\u00e9sormais nomm\u00e9s artistes impressionnistes d&#8217;initier un changement de paradigme dans le monde de l&#8217;art et de conna\u00eetre une fortune critique et commerciale consid\u00e9rable par la suite.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"758\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_12-1024x758.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1303\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_12-1024x758.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_12-300x222.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_12-768x569.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_12-1536x1137.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_12.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 12. Henri Fantin-Latour : <em>Un atelier aux Batignolles<\/em> (1870). Tableau mettant en sc\u00e8ne l&#8217;atelier de \u00c9douard Manet (peignant assis) avec \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s Zacharie Astruc, Otto Scholderer, Auguste Renoir, \u00c9mile Zola, Edmond Ma\u00eetre, Fr\u00e9d\u00e9ric Bazille et Claude Monet.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"797\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_13-1024x797.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1305\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_13-1024x797.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_13-300x233.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_13-768x598.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_13-1536x1195.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_13.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 13. Claude Monet : <em>Impression, soleil levant<\/em> (1872).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Un demi-si\u00e8cle plus tard, les artistes Katherine Dreier (1877-1952),&nbsp; Marcel Duchamp (1887-1968) et Man Ray (1890-1976) reprirent l&#8217;id\u00e9e et incorpor\u00e8rent la Soci\u00e9t\u00e9 Anonyme, Inc aupr\u00e8s du registre du commerce du New Jersey en avril 1920. Soci\u00e9t\u00e9 Anonyme, Inc servit de courroie de transmission aux avant-gardes europ\u00e9ennes sur le continent am\u00e9ricain, organisant par exemple les premi\u00e8res expositions monographiques outre-Atlantique des cubistes Jacques Villon (1875-1963) et Fernand L\u00e9ger (1881-1955) ou des expressionnistes Wassily Kandinsky (1866-1944) et Paul Klee (1879-1940).<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&#8217;hui comme hier, lorsque l&#8217;artiste conna\u00eet le succ\u00e8s, bien souvent, il va s&#8217;organiser et s&#8217;appuyer sur un \u00ab\u202fsyst\u00e8me proche de celui de l&#8217;entreprise [en] dirigeant des \u00e9quipes compl\u00e8tes d&#8217;assistants techniques et administratifs [pour g\u00e9rer] les commandes et les appels \u00e0 projets \u00bb (Laks). Prospection de la client\u00e8le, lev\u00e9e de fonds, cr\u00e9ation de soci\u00e9t\u00e9s par actions, organisation rationnelle de la production, recherche sp\u00e9culative d&#8217;un profit diff\u00e9r\u00e9 dans le temps&#8230; l&#8217;on peut observer que les d\u00e9marches op\u00e9r\u00e9es \u00e0 cette occasion se calquent sur celles d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 commerciale. Comme l&#8217;entrepreneur, l&#8217;artiste prend des risques financiers et en recueille les \u00e9ventuels b\u00e9n\u00e9fices \u00e9conomiques ; la constitution d&#8217;une personne morale s&#8217;av\u00e9rant d&#8217;ailleurs un v\u00e9hicule juridique efficace pour transf\u00e9rer les risques li\u00e9s aux importants co\u00fbts de r\u00e9alisation de certaines \u0153uvres. St\u00e9phane Sauzedde, directeur de l&#8217;ESAA, cite ainsi l&#8217;exemple du plasticien vend\u00e9en Fabrice Hybert (*1961) qui, en 1994, cr\u00e9a une S\u00e0rl \u00ab\u202fpour pouvoir produire efficacement des \u0153uvres complexes au montage financier d\u00e9licat\u202f\u00bb. Connu pour le gigantisme de leurs \u0153uvres [ill.14], le couple d&#8217;artistes conceptuels Christo (1935-2020) et Jeanne-Claude (*1935) eut \u00e9galement rapidement besoin de disposer d&#8217;une structure entrepreneuriale aux \u00ab reins \u00bb suffisamment solides pour mener \u00e0 bien leurs projets. Ainsi, durant presque cinq d\u00e9cennies, la Christo Vladimirov Javacheff Corporation (CVJ) fut responsable du financement des co\u00fbteuses installations \u00e9ph\u00e9m\u00e8res \u2013 travaux d&#8217;ing\u00e9nierie, logistique, salaire des ouvriers\u2026 \u2013, notamment en n\u00e9gociant les lignes de cr\u00e9dits aupr\u00e8s des banques.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"760\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_14-1024x760.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1307\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_14-1024x760.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_14-300x223.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_14-768x570.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_14-1536x1140.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_14.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 14. Christo et Jeanne Claude : <em>Emballage du Reichstag<\/em> (1995).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans certains cas, pour g\u00e9n\u00e9rer des fonds, l&#8217;artiste peut \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer une ou plusieurs op\u00e9rations commerciales annexes \u00e0 son activit\u00e9 artistique \u2013 restauration, \u00e9v\u00e9nementiel, production et vente de v\u00eatements, loisirs, etc. En 1966, l&#8217;artiste Ian Baxter (1937-2017) et son \u00e9pouse Ingrid fond\u00e8rent N.E. Thing Co (prononcer <em>anything<\/em>) \u00e0 Vancouver. En cr\u00e9ant cette soci\u00e9t\u00e9 de capitaux, l&#8217;intention de Ian Baxter \u00e9tait d&#8217;\u00e9manciper son art de tout contexte marchand en cessant de d\u00e9pendre de la \u00ab\u202fcharit\u00e9\u202f\u00bb de ses soutiens, qu&#8217;ils soient m\u00e9c\u00e8nes, sponsors, galeristes ou collectionneurs. Constitu\u00e9 comme une holding, N.E. Thing Co fut \u00e0 l&#8217;origine de nombreuses initiatives dont Eye Scream, restaurant exp\u00e9rimental qui fit rapidement faillite, mais surtout de N.E. Photo Lab. Ce laboratoire photographique professionnel connut un certain succ\u00e8s et servit de catalyseur au renouveau de la photographie conceptuelle op\u00e9r\u00e9e par l&#8217;\u00c9cole de Vancouver et des artistes comme Jeff Wall (*1946) et Rodney Graham (*1949) [ill.15]. Plusieurs si\u00e8cles auparavant, le peintre et graveur v\u00e9nitien le Titien (1488-1576) d\u00e9tenait d\u00e9j\u00e0, au travers de l&#8217;\u00e9quivalent de l&#8217;\u00e9poque d&#8217;une holding, des int\u00e9r\u00eats dans toute une s\u00e9rie d&#8217;ateliers actifs dans des domaines connexes (menuiserie, orf\u00e8vrerie, tapisserie) ;&nbsp; sorte de consolidation horizontale au b\u00e9n\u00e9fice de son activit\u00e9 d&#8217;artiste.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"749\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_15.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1309\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_15.jpg 1000w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_15-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_15-768x575.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption>Illustration 15. Rodney Graham : <em>Vacuuming the Gallery<\/em> (2018).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai \u00e9voqu\u00e9 plus haut le glissement du pouvoir de l&#8217;\u00e9lite aristocratico-cl\u00e9ricale vers une \u00e9lite bourgeoise-marchande, au fur et \u00e0 mesure que le lib\u00e9ralisme devint l&#8217;id\u00e9ologie dominante dans la sph\u00e8re occidentale. Le contexte actuel de pr\u00e9\u00e9minence de l&#8217;\u00e9conomique tant sur le politique que sur le culturel\/cultuel semble expliquer l&#8217;attrait de la figure de l&#8217;entrepreneur dans l&#8217;imaginaire collectif. Les <em>self-made<\/em> milliardaires Richard Branson, Steve Jobs ou Elon Musk jouissent aujourd&#8217;hui de la m\u00eame fascination qu&#8217;auraient jadis exerc\u00e9 Saint Thomas d\u2019Aquin, le cardinal de Richelieu ou le chancelier Bismarck. Il n&#8217;est donc pas surprenant de voir des artistes aller au-del\u00e0 de la cr\u00e9ation d&#8217;une simple entreprise \u2013 \u00ab\u202fmatrice sociale \u00bb (Greffe) de leurs conditions de production \u2013 en \u00e9pousant d&#8217;une part les m\u00e9thodes, les structures, les objectifs d&#8217;une v\u00e9ritable soci\u00e9t\u00e9 commerciale et, d&#8217;autre part, les attributs symboliques de l&#8217;entrepreneur. L&#8217;on peut d&#8217;ailleurs observer une similitude entre la concurrence que se livrent les entreprises entre elles et les artistes entre eux. Cette course effr\u00e9n\u00e9e vers la diff\u00e9renciation et l&#8217;originalit\u00e9, cette obsession pour la nouveaut\u00e9 et la reconnaissance, t\u00e9moignent d&#8217;une conception tr\u00e8s saint-simonienne de l&#8217;avant-garde, qu&#8217;elle soit \u00e9conomique ou artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>En lisant l&#8217;analyse de Christian Boltanski (*1944) sur \u00ab\u202fla figure h\u00e9ro\u00efque du directeur habit\u00e9 par la volont\u00e9 de faire cro\u00eetre sans limites la taille de la firme de fa\u00e7on \u00e0 d\u00e9velopper une production de masse, reposant sur des \u00e9conomies d&#8217;\u00e9chelle, sur la standardisation des produits, sur l&#8217;organisation rationnelle du travail et sur des techniques de <em>marketing<\/em> \u00bb, je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de penser \u00e0 Andy Warhol (1928-1987). Certainement la figure artistique la plus comment\u00e9e \u2013 la plus excessive ? \u2013 du mariage entre art et entrepreneuriat, ce dernier, \u00e0 l&#8217;apog\u00e9e de sa carri\u00e8re, \u00e9crivit en 1975 : \u00ab <em>Business art is the step that comes after art. I started as a commercial artist, and I want to finish as a business artist. After I did the thing called \u00ab art \u00bb or whatever it&#8217;s called, I went into business art. I wanted to be an Art Businessman or a Business Artist. Being good in business is the most fascinating kind of art<\/em>. \u00bb Assumant pleinement cette d\u00e9marche hybride, Andy Warhol fonda successivement de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s commerciales \u2013 The Office, Andy Warhol Enterprises Inc, The Factory\u2026 \u2013 qui auront comme d\u00e9nominateur commun d&#8217;\u00eatre tr\u00e8s rentables ; r\u00e9pondant ce faisant au d\u00e9sir de l&#8217;artiste de gagner beaucoup d&#8217;argent, tr\u00e8s rapidement, en vendant un maximum d&#8217;\u0153uvres [ill.16]. \u00ab\u202fL&#8217;art des affaires est bien plus int\u00e9ressant que l&#8217;art de l&#8217;art \u00bb, affirmait-il r\u00e9guli\u00e8rement&#8230;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_16.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1311\" width=\"900\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_16.jpg 884w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_16-300x197.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_16-768x504.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 884px) 100vw, 884px\" \/><figcaption>Illustration 16. Andy Warhol dans son bureau. Photographie de Robert Levin (1981).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le 3 juin 1968, l&#8217;intellectuelle f\u00e9ministe Valerie Solanas \u2013 mue par sa mission anti-patriarcale d&#8217;\u00e9liminer tous les hommes de la surface de la Terre \u2013 tire trois coups de feu \u00e0 bout portant sur Andy Warhol, le laissant dans un \u00e9tat critique [ill.17]. \u00c0 l&#8217;automne de la m\u00eame ann\u00e9e, encore convalescent de la tentative d&#8217;assassinat, l&#8217;artiste sortit de l&#8217;h\u00f4pital pour se rendre dans ses bureaux flambants neufs d&#8217;Union Street. Il y trouva ses collaborateurs, comme autant d&#8217;automates anonymes, en train de produire des films en son nom, de vendre ses toiles aux plus offrants ou de signer de juteux contrats et commissions. En son absence, le <em>business<\/em> Warhol \u00e9tait rest\u00e9 efficient, n&#8217;avait cess\u00e9 de fabriquer de l&#8217;art et surtout, de g\u00e9n\u00e9rer de l&#8217;argent par tous les moyens imaginables. Pour gagner beaucoup, il faut produire beaucoup, comme une machine \u2013 quoi de mieux que de tout d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 plus efficace que soi ? \u00c0 cet instant, Andy Warhol comprit qu&#8217;il avait r\u00e9ussi son coup de ma\u00eetre, celui de rationaliser \u00ab\u202fce d\u00e9tachement entre l&#8217;artiste et son \u0153uvre [afin de r\u00e9aliser] son d\u00e9sir de ne pas \u00eatre autre chose qu&#8217;un chef d&#8217;entreprise ou un propri\u00e9taire \u00bb (Greffe). C&#8217;\u00e9tait l&#8217;aboutissement d&#8217;une exp\u00e9rience commenc\u00e9e en 1963 lorsqu&#8217;il ouvrit The Factory. Sc\u00e8ne de performances artistiques, studio de cin\u00e9ma, salle de r\u00e9p\u00e9tition pour le groupe protopunk Velvet Underground (qu&#8217;il produisait) \u2013 tant\u00f4t lieu de r\u00e9ception mondaine, tant\u00f4t squat pour toxicomanes et autres marginaux [ill.18] \u2013, The Factory \u00e9tait avant tout un atelier-usine inscrivant le travail de l&#8217;artiste dans une logique de production quasi industrielle, b\u00e9n\u00e9ficiant de m\u00e9thodes de reproduction sophistiqu\u00e9es et op\u00e9r\u00e9e par une arm\u00e9e d&#8217;assistants.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1166\" height=\"1598\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_17.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1313\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_17.jpg 1166w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_17-219x300.jpg 219w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_17-747x1024.jpg 747w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_17-768x1053.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_17-1121x1536.jpg 1121w\" sizes=\"auto, (max-width: 1166px) 100vw, 1166px\" \/><figcaption>Illustration 17. Richard Avedon : <em>Portrait of Andy Warhol<\/em> (1969).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_18-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1315\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_18-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_18-300x200.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_18-768x512.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_18.jpg 1420w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 18. Photographie prise par Herv\u00e9 Gloasguen en 1966 et mettant en sc\u00e8ne notamment Andy Warhol, Nico, G\u00e9rard Malanga, Paul Morissey et Tiger Morse dans le studio The Factory.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Ainsi, je propose de segmenter en trois plans distincts, la r\u00e9appropriation par Andy Warhol des m\u00e9canismes et instruments du monde entrepreneurial.<\/p>\n\n\n\n<p>En tant qu&#8217;artiste, il endossa \u2013 fort bien \u2013 le costume du capitaine d&#8217;industrie. Nul d\u00e9sir pour lui d&#8217;interroger les probl\u00e9matiques \u00e9conomiques de la soci\u00e9t\u00e9 n\u00e9o-lib\u00e9rale : ce r\u00f4le lui semblait simplement \u00eatre le moyen le plus pragmatique d&#8217;arriver \u00e0 ses fins artistiques. Son approche aura le m\u00e9rite de d\u00e9complexer ce mode de travail : nombre d&#8217;artistes \u00e0 succ\u00e8s se retrouvent aujourd&#8217;hui \u00e0 la t\u00eate d&#8217;ateliers ressemblant plus \u00e0 des <em>startups<\/em> technologiques qu&#8217;\u00e0 un repaire de rebelles et de boh\u00e9miens. Je pense sp\u00e9cifiquement aux artistes Tom\u00e1s Saraceno (*1973), Jeff Koons (*1955) ou Olafur Eliasson (*1967), tous plus concepteurs qu&#8217;artisans dans l&#8217;\u00e2me. Dans un entretien, ce dernier, artiste contemporain islandais, \u00e9voquait que ses journ\u00e9es se r\u00e9sumaient souvent \u00e0 encha\u00eener des r\u00e9unions (cinq \u00e0 huit par jour) et \u00e0 g\u00e9rer administrativement ses nonante employ\u00e9s [ill.19].<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_19-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1317\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_19-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_19-300x200.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_19-768x512.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_19-1536x1023.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_19.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 19. Salle de travail du Studio Olafur Eliasson \u00e0 Berlin.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Ensuite, il y a cette fascination d&#8217;Andy Warhol pour le mythe du \u00ab\u202fr\u00eave am\u00e9ricain \u00bb, notamment dans la composante qui voit dans la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique la cl\u00e9 de la r\u00e9alisation individuelle. Ce mythe lui fournira les sujets de ses peintures et de ses photographies, de ses installations et de ses films. \u00c0 l&#8217;instar de nombres de praticiens du pop art, en choisissant pour motif de ses \u0153uvres des simulacres de biens de grande consommation (bo\u00eetes de soupes Campbell, bo\u00eetes de conserve Del Monte, ketchup Heinz\u2026), Andy Warhol glorifiait cette soci\u00e9t\u00e9 de consommation am\u00e9ricaine qui aurait selon lui gomm\u00e9 \u2013 je dirais nivel\u00e9 par le bas \u2013 les diff\u00e9rences sociales. Avec l&#8217;abondance de produits universellement consomm\u00e9s et vendus \u00e0 des prix d\u00e9risoires, les \u00c9tasuniens se seraient retrouv\u00e9s li\u00e9s dans une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9, quels que soient leur classe sociale ou leur niveau de revenu. La marchandise, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9e et commercialis\u00e9e, aurait progressivement envahi \u00ab\u202ftout l&#8217;espace social en se d\u00e9clinant \u00e0 l&#8217;infini\u202f\u00bb (Barrientos). Andy Warhol \u00e9tait particuli\u00e8rement s\u00e9duit par la marque Coca-Cola [ill.20] qu&#8217;il savait \u00eatre populaire dans toutes les strates de la soci\u00e9t\u00e9 : le Coca bu par le Pr\u00e9sident, par une starlette d&#8217;Hollywood ou par un SDF au coin de la rue \u00e9tant strictement le m\u00eame, aucune somme d&#8217;argent ne pourrait vous procurer un meilleur Coca.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"750\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_20.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1319\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_20.jpg 1000w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_20-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_20-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption>Illustration 20. Andy Warhol : <em>Coca-Cola (3)<\/em> (1962).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Enfin, la m\u00e9thode de cr\u00e9ation d&#8217;Andy Warhol questionne amplement les notions d&#8217;unicit\u00e9, d&#8217;auctorialit\u00e9 voire d&#8217;authenticit\u00e9 habituellement associ\u00e9es aux \u0153uvres d&#8217;art. Produites en s\u00e9rie, souvent de mani\u00e8re identique, ces \u0153uvres peuvent-elles \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme uniques? Produites par des tiers selon des processus standardis\u00e9s, ces \u0153uvres peuvent-elles \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme provenant de l&#8217;auteur Andy Warhol (rappelons que sa propre signature \u00e9tait appos\u00e9e par ses assistants sur les tableaux)? Reproduisant parfois fid\u00e8lement des images pioch\u00e9es dans les journaux et magazines, ces \u0153uvres peuvent-elles \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme d&#8217;authentiques cr\u00e9ations? D&#8217;ailleurs, qu&#8217;aurait pens\u00e9 l&#8217;artiste de cette publicit\u00e9 de l&#8217;entreprise japonaise Canon qui, reproduisant son tableau <em>Four Marilyns<\/em> (1962), se vantait de vendre des photocopieuses capables de r\u00e9aliser des copies conformes?<\/p>\n\n\n\n<p>D&#8217;une certaine mani\u00e8re, Andy Warhol n&#8217;est que le reflet des profondes transformations du mode de production des biens mat\u00e9riels ; processus amorc\u00e9 lors de la R\u00e9volution industrielle et qui vit le syst\u00e8me \u00e9conomique \u00e9voluer, d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 dominante agraire et artisanale vers une soci\u00e9t\u00e9 commerciale et industrielle. Automatisation, standardisation, Taylorisme (organisation scientifique du travail), Fordisme (travail \u00e0 la cha\u00eene), d\u00e9sinterm\u00e9diation, anonymisation du cr\u00e9ateur\u2026 les nombreuses innovations techniques et conceptuelles successives influenc\u00e8rent d&#8217;ailleurs plus d&#8217;un artiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, le peintre et photographe hongrois L\u00e1szl\u00f3 Moholy-Nagy (1895-1946), enseignant \u00e0 la Staatliche Bauhaus Weimar puis au New Bauhaus Chicago (aujourd&#8217;hui IIT Institute of Design), prit appui sur les progr\u00e8s de l&#8217;industrialisation pour pr\u00f4ner un travail artisanal collectif cens\u00e9 remplacer la cr\u00e9ation personnelle d&#8217;un artiste unique et g\u00e9nial. Il y avait dans sa d\u00e9marche une volont\u00e9 de d\u00e9mocratisation et d&#8217;universalisation de l&#8217;art ; selon Germano Celant, directeur de la Fondazione Prada, il s&#8217;agissait de \u00ab\u202ffaire de l&#8217;art un vecteur de transmission de l&#8217;esth\u00e9tique, du savoir et de messages capables de toucher toutes les cultures \u00bb. D&#8217;autre part, pour L\u00e1szl\u00f3 Moholy-Nagy, l&#8217;\u0153uvre d&#8217;art devait \u00eatre produite en s\u00e9rie et int\u00e9grer en amont, lors de la phase de r\u00e9flexion sur la cr\u00e9ation, une \u00e9tude de faisabilit\u00e9 et un calcul du prix de revient. Ces principes artistiques furent th\u00e9oris\u00e9s dans son ouvrage <em>The New Vision<\/em> (1928) et maintes fois exp\u00e9riment\u00e9s, notamment au travers de ses fameuses <em>Telefonbilder<\/em> [ill.21]. S\u00e9ries de peintures \u00e0 l&#8217;\u00e9mail sur acier, les <em>Telefonbilder <\/em>furent produites par la manufacture de panneaux signal\u00e9tiques Stark &amp; Reise en utilisant des couleurs standardis\u00e9es et une grille. Suivant un dispositif qui lui rappelait le jeu d&#8217;\u00e9checs par correspondance, L\u00e1szl\u00f3 Moholy-Nagy communiquait ses instructions par t\u00e9l\u00e9phone au contrema\u00eetre de l&#8217;usine \u2013 tous deux disposaient d&#8217;une feuille de papier grillag\u00e9e et num\u00e9rot\u00e9e, l&#8217;artiste indiquant \u00e0 son interlocuteur le num\u00e9ro de la case et la couleur \u00e0 utiliser.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"717\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_21-1024x717.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1321\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_21-1024x717.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_21-300x210.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_21-768x538.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_21.jpg 1462w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 21. L\u00e1szl\u00f3 Moholy-Nagy : <em>Construction in Enamel 1, 2 and 3<\/em> (1923).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9marche de procuration de l&#8217;auctorialit\u00e9 inspira la vaste s\u00e9rie de <em>White Paintings<\/em> (1951) [ill.22] de l&#8217;artiste Neo-Dada Robert Rauschenberg. Tableaux monochromes blancs, ils furent parfois peints (ou repeints lorsque le blanc commen\u00e7ait \u00e0 jaunir) par des tiers \u2013 qu&#8217;ils soient amis, assistants, artistes renomm\u00e9s comme Brice Marden ou Cy Twombly, ou employ\u00e9s des mus\u00e9es pr\u00e9sentant l&#8217;\u0153uvre \u2013 ayant re\u00e7us de la part de l&#8217;artiste des instructions pr\u00e9cises quant aux dimensions et aux pigments \u00e0 utiliser.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"944\" height=\"726\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_22.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1323\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_22.jpg 944w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_22-300x231.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_22-768x591.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 944px) 100vw, 944px\" \/><figcaption>Illustration 22. <em>White Painting [three panel]<\/em> (1951) et <em>White Painting [seven panel]<\/em> (1951) accroch\u00e9s dans le studio de Robert Rauschenberg \u00e0 New York. Photographie de Dorothy Zeidman (1991).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, Giuseppe Pinot-Gallizio (1902-1964), membre fondateur de l&#8217;Internationale situationniste d&#8217;ob\u00e9dience marxiste, \u00e9labora ce qu&#8217;il appelait sa <em>Pittura industriale<\/em> (1959) [ill.23], soit des rouleaux de toile peints par une machine con\u00e7ue par ses soins et dont la m\u00e9canique scabreuse offrait des r\u00e9sultats al\u00e9atoires, fruits du hasard. Une fois peinte, la toile \u00e9tait ensuite coup\u00e9e et vendue \u00ab au m\u00e8tre \u00bb \u00e0 la mani\u00e8re des papiers peints selon les d\u00e9sirs de la client\u00e8le. La transaction s&#8217;op\u00e9rait g\u00e9n\u00e9ralement de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9, voire dans des petites boutiques ou de grands magasins, mais jamais dans des galeries d&#8217;art. Acte militant, v\u00e9ritable \u00ab\u202fprogr\u00e8s technique\u202f\u00bb concomitant \u00e0 une \u00ab\u202fdestruction de l&#8217;objet pictural\u202f\u00bb selon les termes de l&#8217;\u00e9crivain Mich\u00e8le Bernstein, cette \u00ab\u202fpeinture industrielle\u202f\u00bb dont le prix de revient insignifiant appelait un prix de vente tout aussi d\u00e9risoire, avait pour but de d\u00e9mystifier l&#8217;art en noyant le march\u00e9 d&#8217;\u0153uvres sans valeur \u00e9conomique. Giuseppe Pinot-Gallizio ne se voyait donc plus comme un peintre, mais comme l&#8217;inventeur d&#8217;un proc\u00e9d\u00e9 d\u00fbment brevet\u00e9, comme un contrema\u00eetre veillant au bon fonctionnement de son \u00ab\u202fusine\u202f\u00bb, comme un entrepreneur diffusant massivement son produit dont la reproduction \u00e9tait strictement interdite.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_23.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1325\" width=\"900\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_23.jpg 854w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_23-200x300.jpg 200w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_23-683x1024.jpg 683w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_23-768x1151.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 854px) 100vw, 854px\" \/><figcaption>Illustration 23. Giuseppe Pinot-Gallizio : <em>Settantaquattro metri di pittura industriale<\/em> (1958).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Si l&#8217;artiste se rapproche de l&#8217;entrepreneur par la mani\u00e8re d&#8217;envisager la prise de risque, de prendre en compte la recherche et le d\u00e9veloppement de projets ou de commercialiser le fruit de son travail, dans certains cas l&#8217;artiste devient lui-m\u00eame, par transsubstantiation, sa propre entreprise.<\/p>\n\n\n\n<p>Invit\u00e9 sur le remix du titre <em>Diamonds from Sierra Leone<\/em> (2005) du rappeur Kanye West, Jay-Z (*1969) scandait \u00ab <em>I&#8217;m not a businessman, I&#8217;m a Business, man<\/em> \u00bb. Le distinguo, signifi\u00e9 par la ponctuation, est vite clarifi\u00e9 au regard de la biographie du natif de Brooklyn. Gangster et dealer de crack durant son adolescence, il conna\u00eet quelques ann\u00e9es plus tard un consid\u00e9rable succ\u00e8s critique et commercial, devenant l&#8217;un des artistes de hip-hop les plus cot\u00e9s de sa g\u00e9n\u00e9ration. Paradoxalement, Jay-Z \u2013 musicien \u00e0 la prolifique carri\u00e8re et d\u00e9sormais milliardaire en dollars \u2013, a construit l&#8217;essentiel de sa fortune en tant qu&#8217;homme d&#8217;affaires, en cr\u00e9ant des entreprises dans des domaines aussi vari\u00e9s que le pr\u00eat-\u00e0-porter, le <em>streaming<\/em> musical [ill.24], le sport, l&#8217;alcool ou le cin\u00e9ma. Notons que ses projets entrepreneuriaux ont pour d\u00e9nominateur commun d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 pens\u00e9s puis concr\u00e9tis\u00e9s autour de sa personnalit\u00e9 artistique, respectivement de son \u0153uvre artistique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"538\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_24-1024x538.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1327\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_24-1024x538.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_24-300x158.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_24-768x403.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_24.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 24. Packshot et identit\u00e9 visuelle du syst\u00e8me de <em>streaming<\/em> musical Tidal, l&#8217;une des nombreuses soci\u00e9t\u00e9s de Jay-Z.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans le monde des arts plastiques, le japonais Takashi Murakami peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme ayant un statut similaire. De mani\u00e8re idoine, mais \u00e0 un degr\u00e9 maximaliste, il a multipli\u00e9 les activit\u00e9s entrepreneuriales jusqu&#8217;\u00e0 compl\u00e8tement brouiller les lignes entre l&#8217;artistique et l&#8217;\u00e9conomique. Ainsi, l&#8217;\u00e9cosyst\u00e8me patiemment construit par Takashi Murakami comprend aujourd&#8217;hui une dizaine de galeries d&#8217;art, une foire d&#8217;art contemporain, un studio de production audiovisuelle, des caf\u00e9s et restaurants ou encore des boutiques vendant d&#8217;innombrables produits d\u00e9riv\u00e9s de ses \u0153uvres ; chaque initiative \u00e9tant d\u00fbment estampill\u00e9e de la touche artistique, de la \u00ab\u202fmarque\u202f\u00bb de l&#8217;artiste. Forte de cent vingt employ\u00e9s et pr\u00e9sente sur trois continents, la holding multinationale Kaikai Kiki Co., Ltd [ill.25], pr\u00e9sid\u00e9e par Takashi Murakami, a pour mission de superviser son empire commercial et d&#8217;en garantir la conformit\u00e9 conceptuelle et artistique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"628\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_25-1024x628.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1329\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_25-1024x628.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_25-300x184.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_25-768x471.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_25-1536x942.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_25.jpg 1540w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 25. Employ\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 Kaikai Kiki Co., Ltd travaillant en silence sur des \u0153uvres de Takashi Murakami.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L&#8217;artiste et l&#8217;entreprise critique<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Tel que d\u00e9fini par l&#8217;\u00e9conomiste fran\u00e7ais Thomas Piketti, le capitalisme des soci\u00e9t\u00e9s trifonctionnelles est caract\u00e9ris\u00e9 par un ordre social divis\u00e9 en noblesse d&#8217;\u00e9p\u00e9e \u00ab bellatores \u00bb, noblesse de robe \u00ab oratores \u00bb et tiers \u00e9tat roturier \u00ab laboratores \u00bb. En Europe, ce capitalisme d&#8217;Ancien R\u00e9gime fut remplac\u00e9 \u00e0 l&#8217;aube de la Modernit\u00e9 par un capitalisme marchand autorisant l&#8217;enrichissement \u00ab terrestre \u00bb d&#8217;une bourgeoisie grandissante et \u00e9mancip\u00e9e de l&#8217;imp\u00e9ratif transcendantal.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9action \u00e0 cette profonde mutation id\u00e9ologique, nombreux sont les artistes qui fond\u00e8rent leur pratique artistique comme une opposition, frontale ou symbolique, \u00e0 l&#8217;essor de la variante \u00ab lib\u00e9rale \u00bb du capitalisme. Ils furent accompagn\u00e9s sur le plan des id\u00e9es par des universitaires et des historiens de l&#8217;art, \u00e0 l&#8217;exemple de Walter Benjamin (1892-1940), ma\u00eetre penseur de l&#8217;\u00c9cole de Francfort, qui consid\u00e9rait le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique comme son ennemi. Sa doctrine sera perp\u00e9tu\u00e9e puis recycl\u00e9e par une large cohorte de th\u00e9oriciens. Parmi eux, pensons aux philosophes freudo-marxistes Theodor Adorno (1903-1969) et Max Horkheimer (1895-1973) ; tous deux voyaient en l&#8217;artiste \u00ab un agent de protestation contre le capitalisme marchand \u00bb (Menger) et entretenaient le fantasme que l&#8217;Art, par essence, est r\u00e9fractaire \u00e0 toute domestication par l&#8217;\u00e9conomie.<\/p>\n\n\n\n<p>Dominante dans les cercles culturels officiels en Occident, cette critique de la superstructure capitaliste connut de nombreuses formes artistiques. Le recours au d\u00e9tournement, \u00e0 la r\u00e9interpr\u00e9tation ou \u00e0 l&#8217;appropriation des codes, du langage, des processus et autres sp\u00e9cificit\u00e9s du monde de l&#8217;\u00e9conomie y est r\u00e9current.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1919, un dentiste proposa \u00e0 un Marcel Duchamp alors en difficult\u00e9 financi\u00e8re, de r\u00e9gler sa note en nature. En effet, le Dr. Daniel Tzanck \u2013 par ailleurs enthousiaste collectionneur d&#8217;art moderne \u2013 \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 pour soutenir les jeunes artistes prometteurs de l&#8217;avant-garde parisienne, par exemple en acceptant des \u0153uvres d&#8217;art comme paiement \u00e0 ses consultations dentaires. En l&#8217;occurrence, dans l&#8217;un de ces gestes dada\u00efstes qui le caract\u00e9risent, Marcel Duchamp lui remit un ch\u00e8que d&#8217;un montant de 115 dollars (le <em>Tzanck Check<\/em> [ill.26]), visuellement parfaitement analogue \u00e0 n&#8217;importe quel autre ch\u00e8que de l&#8217;\u00e9poque. Enti\u00e8rement dessin\u00e9 au crayon et valid\u00e9 par un coup de tampon \u00ab original \u00bb, le ch\u00e8que \u00e9tait en outre cens\u00e9 \u00eatre \u00e9mis par The Teeth&#8217;s Loan &amp; Trust Company Consolidated \u2013 \u00e9tablissement sorti de l&#8217;imagination de l&#8217;artiste et dont le nom pastichait les institutions financi\u00e8res de Wall Street.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_26.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1331\" width=\"900\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_26.jpg 604w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_26-300x134.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><figcaption>Illustration 26. Marcel Duchamp : <em>Tzanck Check<\/em> (1919).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Proche du mouvement fluxus, l&#8217;artiste fran\u00e7ais Robert Filliou (1926-1987), ancien employ\u00e9 de la Banque mondiale et fin connaisseur des sciences \u00e9conomiques, d\u00e9tourna l&#8217;iconographie des \u00e9conomistes \u2013 tableaux, graphiques, courbes de croissance\u2026 \u2013 dans des \u0153uvres qu&#8217;il voulait humoristiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus t\u00e9m\u00e9raire, l&#8217;artiste Minerva Cuervas (*1975) entame en 1998 \u00e0 Mexico un projet artistique multimodal \u00e0 forte consonance anarchiste intitul\u00e9 <em>The Mejor Vida Corp<\/em> ; il consiste \u00e0 lutter contre le \u00ab syst\u00e8me \u00bb via des microactions comme la mise \u00e0 disposition gratuite de contrefa\u00e7ons de tickets de m\u00e9tro ou de cartes d&#8217;\u00e9tudiant pour que tout un chacun puisse voyager ou b\u00e9n\u00e9ficier des rabais habituellement r\u00e9serv\u00e9s aux universitaires. Minerva Cuervas proc\u00e8de \u00e9galement au collage \u2013 \u00e0 l&#8217;insu des supermarch\u00e9s qui en seront victimes \u2013 de faux codes barres sur les produits alimentaires de base pour en faire baisser le prix de vente.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette appropriation des signes vernaculaires de l&#8217;entrepreneuriat va parfois plus loin, jusqu&#8217;\u00e0 devenir une \u00ab superfiction \u00bb \u2013 pour reprendre le concept invent\u00e9 par l&#8217;artiste \u00e9cossais Peter Hill (*1953) \u2013 quand l&#8217;\u0153uvre d&#8217;art simule si bien le projet commercial qu&#8217;il est difficile de la d\u00e9celer. Ainsi, en 1982, l&#8217;artiste conceptuel bernois Res Ingold (*1954) fonde <em>Ingold Airlines<\/em>, une compagnie a\u00e9rienne fictive. Incorpor\u00e9e en soci\u00e9t\u00e9 anonyme (<em>Aktiengesellschaft<\/em>) en 1996, son si\u00e8ge social est situ\u00e9 \u00e0 Cologne et ses buts statutaires pr\u00e9voient des activit\u00e9s restreintes au transport a\u00e9rien international. Pourvue de tous les aspects ext\u00e9rieurs de l\u00e9gitimit\u00e9, <em>Ingold Airlines<\/em> s&#8217;est dot\u00e9e d&#8217;un logo, d&#8217;un slogan (<em>More than miles<\/em>) et d&#8217;une identit\u00e9 visuelle compl\u00e8te qui sera progressivement d\u00e9ploy\u00e9e sur un grand nombre de supports de communication : uniformes d&#8217;h\u00f4tesse de l&#8217;air, <em>goodies<\/em>, produits d\u00e9tax\u00e9s, containers pour cargos, conditions g\u00e9n\u00e9rales, cartes des destinations propos\u00e9es\u2026 Par sa participation \u00e0 des foires professionnelles, par la publication de ses comptes et rapports annuels, par la diffusion de <em>newsletters<\/em>, vid\u00e9os de pr\u00e9sentation et publicit\u00e9s [ill.27], ainsi que par la mise en ligne d&#8217;un site Internet (<a href=\"http:\/\/www.ingoldairlines.com\">www.ingoldairlines.com<\/a>), le plus grand flou est savamment entretenu quant \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des activit\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9. Toutefois, <em>Ingold Airlines<\/em> s&#8217;av\u00e8re n&#8217;\u00eatre qu&#8217;une fa\u00e7ade, une \u0153uvre conceptuelle r\u00e9alis\u00e9e par un passionn\u00e9 d&#8217;aviation qui aura transport\u00e9 plus d&#8217;id\u00e9es que de personnes. Questionnant la s\u00e9miotique propre aux soci\u00e9t\u00e9s commerciales, <em>Ingold Airlines<\/em> fait peut-\u00eatre aussi \u00e9cho aux escroqueries r\u00e9currentes d&#8217;entreprises factices soutirant argent et informations \u00e0 des clients dup\u00e9s par la reluisante et cr\u00e9dible apparence d&#8217;une coquille vide. Mentionnons l&#8217;existence d&#8217;un quasi-homonyme, <em>Ingold Aviation GmbH<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 zurichoise inscrite au registre du commerce zurichois en 2017 et vraisemblablement \u00ab r\u00e9ellement \u00bb active dans le domaine de l&#8217;aviation.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"790\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_27-1024x790.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1333\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_27-1024x790.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_27-300x232.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_27-768x593.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_27-1536x1186.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_27.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 27. Res Ingold : Affiche publicitaire pour <em>Ingold Airlines<\/em>.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Chercheur \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de Paris 1 Panth\u00e9on-Sorbonne, Rose Marie Barrientos utilise le terme \u00ab d&#8217;entreprise-critique \u00bb pour d\u00e9signer les \u0153uvres d&#8217;artistes qui, \u00e0 l&#8217;instar de Res Ingold, envisagent l&#8217;entreprise comme une forme de cr\u00e9ation \u00e0 part enti\u00e8re. Terrain d&#8217;analyse, d&#8217;exp\u00e9rimentation ou de d\u00e9nonciation du capitalisme lib\u00e9ral, \u00ab pour les entreprises critiques, le mod\u00e8le \u00e9conomique repr\u00e9sente \u00e0 la fois un mode de pratiquer l&#8217;art et un moyen de probl\u00e9matiser la question \u00e9conomique. En s&#8217;appropriant l&#8217;identit\u00e9 de la structure \u00e9conomique et en manipulant son idiosyncrasie, les entreprises critiques sont \u00e0 m\u00eame d&#8217;en r\u00e9v\u00e9ler les failles et de proposer une nouvelle version de l&#8217;entreprise contemporaine. Ses modes de fonctionnement sont r\u00e9\u00e9valu\u00e9s et reformul\u00e9s selon des crit\u00e8res esth\u00e9tiques, \u00e9thiques et sociaux. \u00bb [Barrientos]<\/p>\n\n\n\n<p>En octobre 1971, Tina Girouard (1946-2020) et Gordon Matta-Clark (1943-1978) fond\u00e8rent <em>FOOD<\/em>, entreprise-critique prenant la forme d&#8217;un restaurant exploit\u00e9 par des artistes et situ\u00e9 dans le quartier de Soho \u00e0 New York [ill.28]. R\u00e9put\u00e9 on\u00e9reux et de pi\u00e8tre qualit\u00e9 gastronomique, le lieu se voulait avant tout un espace d&#8217;\u00e9change et de cr\u00e9ativit\u00e9, se souciant peu des habituels crit\u00e8res de succ\u00e8s d&#8217;un restaurant. Projet artistique, m\u00e9lange de performances et d&#8217;art narratif, <em>FOOD <\/em>\u00e9tait \u00ab un lieu de rencontres offrant nourriture et travaux aux artistes \u2013 une&nbsp; exp\u00e9rience collective in\u00e9dite, bref un lieu de communion culinaire, o\u00f9 se nourrir redevenait un \u00e9v\u00e9nement cr\u00e9atif et festif \u00bb [Costes]. Les menus \u00e9taient l&#8217;occasion d&#8217;innover. Outre les pi\u00e8ces purement artistiques comme les <em>Matta-Bones<\/em>, plat compos\u00e9 d&#8217;os qui \u00e9taient transform\u00e9s apr\u00e8s le repas en collier par le joaillier Hisachika Takahashi (*1940), l&#8217;on y servait \u2013 t\u00e9moignage de l&#8217;esprit visionnaire du lieu \u2013, des sushis, des plats v\u00e9g\u00e9tariens ou des l\u00e9gumes de saison. Toute l&#8217;<em>intelligentsia<\/em> avant-gardiste new-yorkaise s&#8217;y pressa \u00e0 l&#8217;image des artistes conceptuels Donald Judd (1928-1994), Robert Rauschenberg ou John Cage (1912-1992) qui y cr\u00e9\u00e8rent des repas pour ce \u00ab th\u00e9\u00e2tre de nourriture \u00bb [Matta-Clark]. Initi\u00e9 sur une base utopique et communautaire, <em>FOOD<\/em> connut une fin mercantile. Le succ\u00e8s venant, Matta-Clark pensa un temps vendre le concept au marchand d&#8217;art Leo Castelli (1907-1999), dont la femme et associ\u00e9e se vantait de prendre les artistes \u00ab quand ils sont jeunes et bon march\u00e9 [pour] les rendre c\u00e9l\u00e8bres et chers \u00bb [Barak]. Mais ce sera finalement \u00e0 un groupe d&#8217;investisseurs externe au monde de l&#8217;art que les artistes fondateurs \u2013 d\u00e9sormais d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s par le projet au vu du travail cons\u00e9quent n\u00e9cessaire \u00e0 son bon fonctionnement \u2013 remirent le restaurant, moins de trois ans apr\u00e8s l&#8217;ouverture. Les nouveaux propri\u00e9taires gard\u00e8rent le nom, mais en chang\u00e8rent l&#8217;esprit ; <em>FOOD<\/em> devint un \u00e9tablissement chic et respectable, en ligne avec la rapide gentrification du quartier.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"691\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_28-1024x691.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1335\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_28-1024x691.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_28-300x203.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_28-768x518.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_28.jpg 1400w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 28. Devanture du restaurant <em>FOOD<\/em>, New York.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><em>FOOD<\/em> pr\u00e9figura les multiples <em>artist-run spaces<\/em> qui ont \u00e9clos dans les centres urbains ; espaces autog\u00e9r\u00e9s par les artistes et leur entourage, ils sont tout \u00e0 la fois lieu de vente et d&#8217;exposition, de partage et de restauration. En Suisse romande, citons l&#8217;initiative de l&#8217;artiste Anne Minazio, l&#8217;<em>Espace HIT<\/em> dans le quartier des Grottes \u00e0 Gen\u00e8ve, la r\u00e9sidence d&#8217;artistes <em>Embassy of Foreign Artists<\/em> aux Acacias, toujours \u00e0 Gen\u00e8ve, ou encore le projet de Catherine Monney <em>Locus solus<\/em> qui rapproche arts plastiques et litt\u00e9rature, situ\u00e9 dans le quartier du Malley \u00e0 Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour d&#8217;autres, l&#8217;entreprise-critique est l&#8217;occasion d&#8217;une bataille tant\u00f4t symbolique, tant\u00f4t r\u00e9elle contre des multinationales jug\u00e9es n\u00e9fastes. Pour mener le combat, ces artistes adaptent et retournent les strat\u00e9gies et les instruments entrepreneuriaux \u2013 <em>branding<\/em>, <em>marketing<\/em>, circuits de production, outils juridiques, propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, recherche &amp; d\u00e9veloppement\u2026 \u2013 pour battre leurs \u00ab opposants \u00bb \u00e0 leur propre jeu. Tous les moyens sont bons pour tenter de saper, parodier et saboter le \u00ab\u202fsyst\u00e8me\u202f\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce terrain-l\u00e0, l&#8217;artiste n\u00e9oconceptuel flamand Wim Delvoye (*1965) se pr\u00e9sente comme un activiste particuli\u00e8rement subversif, dont la d\u00e9marche \u00e0 la fois <em>punk<\/em> et jusqu&#8217;au-boutiste permet de d\u00e9noncer, par l&#8217;absurde ou le sarcasme, les d\u00e9rives&nbsp; de l&#8217;\u00e9conomie de march\u00e9 et du capitalisme mondialis\u00e9. Pour ce faire, sa pratique tr\u00e8s \u00e9clectique emploie un large \u00e9ventail de moyens d\u2019expression. Son site Internet (<a href=\"http:\/\/www.wimdelvoye.be\">www.wimdelvoye.be<\/a>), qui vaut la peine d&#8217;\u00eatre minutieusement explor\u00e9, affiche en page d&#8217;accueil une ville \u2013 dessin\u00e9e en perspective isom\u00e9trique de type SimCity [ill.29] \u2013 dont chacun des b\u00e2timents pointe vers l&#8217;un des principaux faits d&#8217;armes de l&#8217;artiste.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"587\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_29-1024x587.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1337\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_29-1024x587.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_29-300x172.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_29-768x440.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_29-1536x880.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_29.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 29. Page d&#8217;accueil du site Internet de l&#8217;artiste Wim Delvoye.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Wim Delvoye est particuli\u00e8rement c\u00e9l\u00e8bre pour son installation <em>Cloaca<\/em> qui repr\u00e9sente un syst\u00e8me digestif g\u00e9ant et tout \u00e0 fait fonctionnel [ill.30], et dont le propri\u00e9taire est <em>Cloaca Investments Limited<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 \u00e9mettant actions et obligations factices. Surnomm\u00e9e \u00ab machine \u00e0 caca \u00bb, <em>Cloaca<\/em> a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue en collaboration avec des scientifiques et des ing\u00e9nieurs, avec tout le s\u00e9rieux d&#8217;un laboratoire de biochimie, afin de reproduire m\u00e9caniquement le processus de la digestion humaine. Imposante installation de douze m\u00e8tres de long pour trois m\u00e8tres de large et deux m\u00e8tres de haut, <em>Cloaca<\/em> est compos\u00e9e de six cloches en verre \u2013 contenant diff\u00e9rents sucs pancr\u00e9atiques et intestinaux, bact\u00e9ries et enzymes, acides et ferments\u2026 \u2013 reli\u00e9es entre elles par une s\u00e9rie de tubes, tuyaux et pompes. Supervis\u00e9e par des moyens informatiques, la machine, maintenue \u00e0 la temp\u00e9rature du corps humain (37,2 \u00b0C), ing\u00e8re deux fois par jour des aliments \u2013 fournis par un traiteur et parfois par de grands chefs ayant compos\u00e9 des menus \u00e0 son intention \u2013 qui subiront une digestion de 27 heures avant de produire de v\u00e9ritables excr\u00e9ments. Les \u00e9trons sont ensuite emball\u00e9s sous vide et marqu\u00e9s d&#8217;un logo Cloaca pastichant alternativement ceux de Ford, Mr. Propre ou Durex, puis mis en vente au prix de l&#8217;or (soit environ 1&#8217;000 dollars pi\u00e8ce). De l&#8217;aveu du cr\u00e9ateur m\u00eame, l&#8217;appareil a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour \u00eatre \u00ab inutile, nuisible au besoin, co\u00fbter tr\u00e8s cher et rapporter beaucoup \u00bb. Critiquant ouvertement l&#8217;industrie agroalimentaire, Wim Delvoye a cependant re\u00e7u diverses propositions d&#8217;acteurs majeurs du secteur, int\u00e9ress\u00e9s par sa machine et souhaitant y tester leurs produits ; l&#8217;artiste aurait apparemment refus\u00e9 toutes les offres.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"980\" height=\"734\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_30.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1339\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_30.jpg 980w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_30-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_30-768x575.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 980px) 100vw, 980px\" \/><figcaption>Illustration 30. Wim Delvoye : <em>Cloaca Original<\/em> (2000).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&#8217;inverse, d&#8217;autres m\u00e8nent leurs combats avec toute la respectabilit\u00e9 des instruments institutionnels. Ainsi <em>etoy.CORPORATION SA,<\/em> constitu\u00e9e en soci\u00e9t\u00e9 anonyme en 1994 et domicili\u00e9e \u00e0 Zoug, est une entit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par des artistes suisses pour cr\u00e9er, contr\u00f4ler, prot\u00e9ger et promouvoir des actions culturelles, notamment par le biais de financements. Leur fait d&#8217;armes le plus l\u00e9gendaire est la bataille juridique de longue haleine qu&#8217;ils remport\u00e8rent contre l&#8217;entreprise de <em>eCommerce<\/em> \u00e9tatsunienne eToys Inc, distributeur de jouets pour enfants. Surnomm\u00e9e \u00ab <em>Toywar<\/em> \u00bb, cette v\u00e9ritable guerre \u00e9conomique commen\u00e7a en novembre 1999 avec une offre formelle de 516&#8217;000 dollars pour le rachat du nom de domaine <a href=\"http:\/\/www.etoy.com\">www.etoy.com<\/a> faite par eToys Inc \u00e0 <em>etoy.CORPORATION SA,<\/em> qui en \u00e9tait le d\u00e9tenteur l\u00e9gal depuis deux ans. Cette derni\u00e8re ayant refus\u00e9 l&#8217;offre, le site <a href=\"http:\/\/www.etoy.com\">www.etoy.com<\/a> fut ferm\u00e9 suite \u00e0 une injonction provisionnelle ordonn\u00e9e par un tribunal de Los Angeles, tandis que la soci\u00e9t\u00e9 suisse fut l&#8217;objet d&#8217;une action en justice aux \u00c9tats-Unis. En substance, eToys Inc accusait <em>etoy.CORPORATION SA <\/em>de concurrence d\u00e9loyale, de d\u00e9tournement de marque, de fraude \u00e9conomique, d&#8217;op\u00e9ration boursi\u00e8re ill\u00e9gale, de contenu pornographique, de comportement obsc\u00e8ne et d&#8217;activit\u00e9 terroriste (!). <em>etoy.CORPORATION SA<\/em> riposta par le biais de sa base d&#8217;activistes, constitu\u00e9e d&#8217;adolescents et de hackers, de professeurs et d&#8217;artistes, d&#8217;avocats et de journalistes sympathisants. S&#8217;ensuivirent d&#8217;innombrables d\u00e9marches, de la plus l\u00e9gitime \u00e0 la plus ill\u00e9gale, visant \u00e0 contrer \u00ab l&#8217;agression \u00bb \u00e0 tous les niveaux. Piratages informatiques, contre-proc\u00e8s, harc\u00e8lements, menaces, infiltrations, sites Internet de soutiens (plus de 250), lettres aux politiques, alertes aux investisseurs ainsi qu&#8217;\u00e0 l&#8217;organe de surveillance du commerce (la Federal Trade Commission) et articles de presse (plus de 300, y compris dans le New York Times, le Wall Street Journal, Le Monde, CNN\u2026) se multipli\u00e8rent en d\u00e9fense de la libert\u00e9 d&#8217;expression des artistes, jusqu&#8217;\u00e0 mettre \u00e0 genoux la multinationale qui renon\u00e7a \u00e0 sa plainte en f\u00e9vrier 2000. Durant les huitante et un jours que dura la <em>Toywar<\/em>, l&#8217;action d&#8217;eToys Inc (code mn\u00e9monique ETYS) chuta de 67 \u00e0 15 dollars au NASDAQ, soit une perte de quatre milliards et demi de dollars de capitalisation boursi\u00e8re qui laissa la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tasunienne exsangue et pratiquement ruin\u00e9e. <em>etoy.CORPORATION SA<\/em> \u2013 qui r\u00e9compensa les 1&#8217;798 militants actifs durant l&#8217;op\u00e9ration en distribuant \u00e0 chacun d&#8217;entre eux des actions avec droits de vote \u2013 se targue d&#8217;avoir initi\u00e9 la performance artistique la plus co\u00fbteuse de l&#8217;histoire de l&#8217;art. Un mois plus tard, la bulle sp\u00e9culative technologique (la <em>dot-com bubble<\/em>) \u00e9clata et mit en faillite eToys Inc.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L&#8217;entreprise comme \u0153uvre conceptuelle performative&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Dans son recueil de m\u00e9moires intitul\u00e9 <em>Souvenirs d&#8217;un marchand de tableaux<\/em> et publi\u00e9 en 1936, Ambroise Vollard (1866-1939) \u2013 galeriste de Paul C\u00e9zanne, Paul Gauguin, Vincent van Gogh, Henri Matisse et Pablo Picasso \u2013 consid\u00e9rait que d\u00e9sormais \u00ab\u202ftout [\u00e9tait devenu] mati\u00e8re \u00e0 sp\u00e9culation\u202f\u00bb, y compris, et surtout, l&#8217;art. De son temps, il vit le collectionneur d&#8217;art devenir progressivement un investisseur dont la pr\u00e9occupation principale \u00e9tait l&#8217;achat bon march\u00e9 de ce qui pouvait se revendre bien plus cher, quelques mois ou ann\u00e9es plus tard. Ce sp\u00e9culateur de l&#8217;art pariait ainsi \u00ab sur la hausse des prix de certains auteurs comme s\u2019il s\u2019agissait des chevaux aux courses \u00bb (Saint-Raymond), et ce, sans se soucier des m\u00e9rites artistiques de son acquisition.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme en d&#8217;autres lieux et p\u00e9riodes, l&#8217;on peut observer qu&#8217;au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle le march\u00e9 de l&#8217;art occidental a rigoureusement suivi la trajectoire de l&#8217;\u00e9conomie. La transition qui vit le capitalisme industriel\/entrepreneurial s&#8217;effacer au profit du capitalisme financier fut act\u00e9e d\u00e8s les ann\u00e9es 1970. Marqu\u00e9e par le r\u00e8gne h\u00e9g\u00e9monique de la bourse dans la valorisation des actifs, la financiarisation de vastes secteurs de l&#8217;\u00e9conomie toucha bien entendu le monde artistique. L&#8217;\u0153uvre d&#8217;art devint un produit financier comme un autre, dont la valeur fluctue d\u00e9sormais au gr\u00e9 des humeurs du march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour faciliter les transactions, l&#8217;objet \u00ab\u202f\u0153uvre d&#8217;art\u202f\u00bb peut \u00eatre divis\u00e9 en parts sociales, ceci afin de mieux r\u00e9pondre aux attentes des gestionnaires de fortune ravis d&#8217;avoir une nouvelle classe d&#8217;actifs pour diversifier les portefeuilles de leurs clients. Bien souvent, l&#8217;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re d\u00e9tenteur de ces \u00ab\u202ffractions\u202f\u00bb d&#8217;\u0153uvre d&#8217;art, si peu int\u00e9ress\u00e9 par la mat\u00e9rialit\u00e9 de son acquisition, \u00ab\u202fn&#8217;ach\u00e8te plus un tableau comme un titre, mais comme une esp\u00e9rance de variation de ce titre\u202f\u00bb (Greffe).<\/p>\n\n\n\n<p>Les artistes les plus en vue ne se sont pas g\u00ean\u00e9s pour utiliser ces instruments et pratiques financi\u00e8res \u00e0 leur profit, \u00e0 l&#8217;instar de Damien Hirst (*1965), laur\u00e9at du Turner Prize et prolifique membre des Young British Artists, qui intervient r\u00e9guli\u00e8rement sur les march\u00e9s primaires et secondaires pour sp\u00e9culer et faire monter sa cote.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u202f\u00c0 l&#8217;heure o\u00f9 le march\u00e9 de l&#8217;art faisait de l&#8217;art un investissement, certains artistes firent de l&#8217;investissement un art\u202f\u00bb (Cras), ph\u00e9nom\u00e8ne largement conceptuel et autor\u00e9f\u00e9rentiel. L&#8217;essor de Wall Street, dans la r\u00e9alit\u00e9 des \u00e9changes \u00e9conomiques et dans l&#8217;imaginaire collectif, a par exemple inspir\u00e9 l&#8217;artiste et th\u00e9oricien Dan Graham (*1942) pour son \u0153uvre <em>INCOME (Outflow) PIECE<\/em> (1969), pour laquelle il incorpora sa propre soci\u00e9t\u00e9 de capitaux (Dan Graham Inc) et se mit \u00e0 vendre des parts sociales (actions) \u00e0 des particuliers \u2013 pas toujours au courant de sa d\u00e9marche \u2013 par le biais de petites annonces dans les journaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus radical encore, l&#8217;artiste irlandais naturalis\u00e9 \u00e9tatsunien, Les Levine (*1935), endossa les habits du boursicoteur et se mit \u00e0 investir son propre argent en acqu\u00e9rant des titres d&#8217;entreprises qu&#8217;il avait au pr\u00e9alable longuement analys\u00e9es. Les actions \u00e9taient ensuite revendues dans un but sp\u00e9culatif tandis que le r\u00e9sultat de l&#8217;investissement \u00e9tait rendu public, l&#8217;artiste s&#8217;engageant ainsi \u00ab dans la sph\u00e8re du risque financier et de l&#8217;exposition publique r\u00e9serv\u00e9e habituellement aux hommes d&#8217;affaires et aux entrepreneurs \u00bb (Cras). Il est essentiel de mentionner que Les Levine \u00ab\u202ffaisait du profit une condition pour la validit\u00e9 artistique\u202f\u00bb (Cras) de ses \u0153uvres, comme lorsqu&#8217;entre 1962 et 1967 \u2013 dans un effort d&#8217;\u00e9mulation des m\u00e9canismes de la consommation de masse \u2013 il vendit, au prix de 1.25 dollar pi\u00e8ce, des milliers de \u00ab\u202f<em>disposable<\/em>\u202f\u00bb. Bibelot en plastique sans int\u00e9r\u00eat et produit \u00e0 la cha\u00eene par des machines, le <em>disposable de <\/em>Les Levine allait \u00e0 l&#8217;encontre de l&#8217;id\u00e9e que l&#8217;art \u00e9tait fait d\u2019objets uniques et pr\u00e9cieux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u202fDans un contexte marqu\u00e9 par l&#8217;interchangeabilit\u00e9 des signes marchands et des signes artistiques\u202f\u00bb (Baqu\u00e9), certains artistes d\u00e9cident de s&#8217;immiscer dans l&#8217;\u00e9conomie r\u00e9elle et de produire de l&#8217;art <em>via<\/em> la cr\u00e9ation et la gestion d&#8217;une op\u00e9ration entrepreneuriale classique ; celle-ci pouvant tout \u00e0 fait \u00eatre l\u00e9gitime et viable si on lui \u00f4te son caract\u00e8re artistique. D\u00e9passant le simulacre, le pastiche ou la critique, ils abordent la notion d&#8217;entreprise ou d&#8217;activit\u00e9 \u00e9conomique d&#8217;un point de vue de l&#8217;immersion, d\u00e9marche conceptuelle d&#8217;entr\u00e9e dans le r\u00e9el. Cette \u00ab\u202fentreprise op\u00e9ratoire fonctionnant voire m\u00eame prosp\u00e9rant dans l&#8217;\u00e9conomie g\u00e9n\u00e9rale\u202f\u00bb (Wright), est ainsi exp\u00e9riment\u00e9e, fond\u00e9e, v\u00e9cue int\u00e9gralement par l&#8217;artiste et serait une sorte de repr\u00e9sentation performative dont le degr\u00e9 de mim\u00e9tisme est maximal.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1970, l&#8217;artiste Bernard Brunon (1948) quitta la France pour s&#8217;installer \u00e0 Houston, poumon \u00e9conomique de l&#8217;\u00c9tat du Texas. Il y incorpora une soci\u00e9t\u00e9 commerciale active dans le domaine de la peinture en b\u00e2timent et portant la raison sociale <em>That&#8217;s Painting!<\/em>. Pour ce faire, bureaux et entrep\u00f4ts furent lou\u00e9s, des employ\u00e9s engag\u00e9s, du mat\u00e9riel et des camionnettes professionnelles achet\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Concr\u00e8tement, l&#8217;entreprise s\u2019engage \u00e0 ex\u00e9cuter un cahier des charges \u00e9mis par son client et d\u00e9taill\u00e9 dans un contrat, document qui inclut un co\u00fbt forfaitaire \u2013 les prix sont \u00e9tablis selon les tarifs en vigueur sur le march\u00e9 \u2013 et pr\u00e9cise l&#8217;acompte \u00e0 verser \u00e0 sa signature. <em>That&#8217;s Painting!<\/em> obtient ainsi des mandats, pour peindre ou repeindre des fa\u00e7ades et des appartements, qu&#8217;elle s&#8217;empresse d&#8217;ex\u00e9cuter dans les r\u00e8gles de la profession, sans fantaisie aucune ni diff\u00e9renciation avec n&#8217;importe quelle autre entreprise concurrente [ill.31]. D&#8217;ailleurs, la majeure partie de la client\u00e8le ne se doute pas, et n\u2019a aucun motif de se pr\u00e9occuper du fait que Bernard Brunon consid\u00e8re ce travail comme une \u0153uvre d&#8217;art \u2013 la valeur artistique \u00e9tant offerte au client comme un <em>Easter egg<\/em>. En outre, la soci\u00e9t\u00e9 tient une comptabilit\u00e9, paie ses imp\u00f4ts, organise des soir\u00e9es de fin d&#8217;ann\u00e9e pour r\u00e9compenser ses salari\u00e9s&#8230; Relocalis\u00e9e en 2008 \u00e0 Los Angeles, <em>That&#8217;s Painting!<\/em>, dont le motto est <em>A job well done, on schedule, and competitively priced<\/em>, est toujours en activit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_31-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1341\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_31-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_31-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_31-768x576.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_artiste-entrepreneur_31.jpg 1440w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Illustration 31. Ouvriers de <em>That&#8217;s Painting!<\/em> En train de repeindre la fa\u00e7ade en bois d&#8217;une maison. Photographie de Bernard Brunon (2006).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Bernard Brunon s&#8217;inscrit \u00e0 l&#8217;intersection des mouvements artistiques fran\u00e7ais BMPT \u2013 qui s&#8217;oppose \u00e0 la tradition picturale \u00e9tablie en revendiquant une abstraction rigoureuse d\u00e9nu\u00e9e de valorisation symbolique et esth\u00e9tique \u2013 et Supports\/Surfaces \u2013 qui interroge les composants \u00e9l\u00e9mentaires de la peinture et pr\u00f4ne la neutralit\u00e9 d&#8217;\u0153uvres d\u00e9pourvues de tout sujet, contrariant ainsi les tentatives de \u00ab\u202fprojections mentales ou [de] divagations oniriques du spectateur\u202f\u00bb (Cane, Dezeuze, Saytour &amp; Viallat). Poursuivant et radicalisant ces doctrines, Bernard Brunon est arriv\u00e9 au constat que la peinture en b\u00e2timent soit d\u00e9sormais la seule forme de r\u00e9alisme possible, est une peinture int\u00e9gralement lib\u00e9r\u00e9e de tous les codes de la repr\u00e9sentation, m\u00eame conceptuels ou abstraits. Enfin, l&#8217;artiste estime que son travail \u2013 rendez-vous avec la client\u00e8le, planification des travaux, organisation de son \u00e9quipe, ex\u00e9cution des travaux dans les d\u00e9lais et budgets impartis \u2013 est une performance continue et en temps r\u00e9el qui n&#8217;a rien \u00e0 voir avec une performance th\u00e9\u00e2trale. Avec le recul, Stephen Wright d\u00e9crit l&#8217;\u0153uvre de Bernard Brunon comme \u00ab\u202fun art-espion du mod\u00e8le entrepreneurial\u202f\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais <em>quid<\/em> des dangers qui guettent la dilution de l&#8217;art dans le r\u00e9el quand la \u00ab\u202frupture entre le signe et la chose signifi\u00e9e\u202f\u00bb (Cras) n&#8217;est plus du tout perceptible\u202f; peut-on encore consid\u00e9rer comme de l&#8217;art des performances artistiques se confondant exactement avec des entreprises commerciales\u202f? Comment interpr\u00e9ter certaines formes d&#8217;art, mentionn\u00e9es plus haut, qui en mimant l&#8217;entreprise ou en \u00e9tant entreprises occupent une position critique pour le moins ambigu\u00eb, et \u00ab\u202fdont on ne sait plus si l&#8217;appropriation et le d\u00e9tournement du syst\u00e8me marchand qu&#8217;elles appliquent correspondent \u00e0 une collusion ou \u00e0 une r\u00e9sistance contre lui\u202f\u00bb (Lisbonne &amp; Z\u00fcrcher)\u202f? Oserait-on affirmer que le \u00ab\u202fcapitalisme\u202f\u00bb serait devenu si captivant qu&#8217;il serait devenu d\u00e9sirable par cette caste d&#8217;artistes qui s&#8217;\u00e9tait fix\u00e9 comme mission de le combattre\u202f?<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">BARRIENTOS, Rose Marie, \u00ab Les entreprises critiques en perspective \u00bb, in <em>Les entreprises critiques : la critique artiste \u00e0 l&#8217;\u00e8re de l&#8217;\u00e9conomie globalis\u00e9e<\/em>. Paris, Cit\u00e9 du Design, 2008.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">BERTRAND DORL\u00c9AC, Laurence, <em>Le commerce de l&#8217;art de la Renaissance \u00e0 nos jours<\/em>. Besan\u00e7on, \u00c9ditions La Manufacture, 1992.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">CELANT, Germano, <em>The Small Utopia \u2013 Ars multiplicata<\/em>. Milan, Fondazione Prada, 2012.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">CRAS, Sophie, <em>L&#8217;\u00e9conomie \u00e0 l&#8217;\u00e9preuve de l&#8217;art. Art et capitalisme dans les ann\u00e9es 1960<\/em>. Dijon, Les Presses du R\u00e9el, 2018<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">DELLEAUX, Oc\u00e9ane, <em>Le Multiple d&#8217;artiste : histoire d&#8217;une mutation artistique<\/em>. Europe-Am\u00e9rique du Nord de 1985 \u00e0 nos jours. Paris, L&#8217;Harmattan, 2010.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">GREFFE, Xavier, <em>L&#8217;artiste-entreprise<\/em>. Paris, Dalloz, 2012.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">GUILBAUT, Serge, \u00ab Le marketing de l&#8217;expressivit\u00e9 \u00e0 New York au cours des ann\u00e9es cinquante \u00bb, in <em>Les entreprises critiques : la critique artiste \u00e0 l&#8217;\u00e8re de l&#8217;\u00e9conomie globalis\u00e9e<\/em>. Paris, Cit\u00e9 du Design, 2008.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">GUILLOU\u00cbT, Jean-Marie, JONES, Caroline A, MENGER, Pierre-Michel, et SOFIA, S\u00e9verine, \u00ab Enqu\u00eate sur l&#8217;atelier: histoire, fonctions, transformations\u00bb, in <em>Perspective<\/em>, 1 | 2014, pp. 27-42.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">HEUSSER, Hans-J\u00f6rg et IMESCH, Kornelia, <em>Art &amp; branding: principles, interaction, perspectives<\/em>. Z\u00fcrich, Swiss Institute for Art Research, 2006,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">HUITOREL, Jean-Marc, <em>Art et \u00e9conomie<\/em>. Paris, \u00c9ditions Cercle d&#8217;art, 2008.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">LIPPARD, Lucy, \u00ab La d\u00e9mat\u00e9rialisation de l&#8217;art \u00bb, in <em>Les entreprises critiques : la critique artiste \u00e0 l&#8217;\u00e8re de l&#8217;\u00e9conomie globalis\u00e9e<\/em>. Paris, Cit\u00e9 du Design, 2008.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">LISBONNE, Karine, et Z\u00dcRCHER, Bernard, <em>L&#8217;art, avec pertes ou profit ? \u2013 Des comp\u00e9tences de l&#8217;art dans l&#8217;entreprise<\/em>. Paris, Flammarion, 2007.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">MENGER, Pierre-Michel, <em>Portrait de l&#8217;artiste en travailleur : m\u00e9tamorphoses du capitalisme<\/em>. Paris, Seuil, 2002.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">SAINT-RAYMOND, L\u00e9a, \u00ab Ce n&#8217;est pas de l&#8217;art mais du commerce ! \u2013 L&#8217;irr\u00e9sistible ascension du march\u00e9 comme prescripteur \u00bb, in <em>Marges<\/em>, 28 | 2019, pp. 62-79.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">SAUZEDDE, St\u00e9phane, \u00ab Le potentiel critique de l&#8217;artiste entrepreneur en question \u00bb, in <em>Les entreprises critiques : la critique artiste \u00e0 l&#8217;\u00e8re de l&#8217;\u00e9conomie globalis\u00e9e<\/em>. Paris, Cit\u00e9 du Design, 2008.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">WRIGHT, Stephen, \u00ab Le double statut ontologique de l&#8217;entreprise artistique \u00bb, in <em>Les entreprises critiques : la critique artiste \u00e0 l&#8217;\u00e8re de l&#8217;\u00e9conomie globalis\u00e9e<\/em>. Paris, Cit\u00e9 du Design, 2008.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">TOMA, Yann, <em>Les entreprises critiques : la critique artiste \u00e0 l&#8217;\u00e8re de l&#8217;\u00e9conomie globalis\u00e9e<\/em>. Paris, Cit\u00e9 du Design, 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Article written by Rui-Long Monico as part of the seminar &#8220;The artist as an entrepreneur&#8221; directed by Deborah Laks, professor at the University of Geneva and researcher at the CNRS. Published on 15.06.2020, currently only available in French. 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