{"id":1397,"date":"2020-06-20T15:43:26","date_gmt":"2020-06-20T13:43:26","guid":{"rendered":"https:\/\/candyfactory.ch\/voir-sans-etre-vu-architecture-et-politique-oculaire-de-topkapi-sarayi\/"},"modified":"2021-08-12T18:28:30","modified_gmt":"2021-08-12T16:28:30","slug":"voir-sans-etre-vu-architecture-et-politique-oculaire-de-topkapi-sarayi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/candyfactory.ch\/en\/voir-sans-etre-vu-architecture-et-politique-oculaire-de-topkapi-sarayi\/","title":{"rendered":"Voir sans \u00eatre vu: architecture et politique oculaire de Topkap\u0131 Saray\u0131"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Proceedings of the conference by Rui-Long Monico held during the seminar &#8220;Art and architecture, society and identity in Ottoman Turkey, Safavid Iran and Mughal India&#8221;, under the direction of Negar Habibi, lecturer of the Unit of art history of the University of Geneva. Published on 20.06.2020, currently only available in French.<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture2-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1365\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture2-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture2-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture2-768x576.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture2-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture2.jpg 1667w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c9tymologiquement, Topkap\u0131 \u2013 porte des canons en turc \u2013 fait r\u00e9f\u00e9rence au gigantesque canon qui visait la Porte Saint-Romain lors du si\u00e8ge de Constantinople par les Ottomans. C&#8217;est par cette porte que le sultan Mehmed II, dit le Conqu\u00e9rant, p\u00e9n\u00e9tra dans la capitale byzantine \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 21 ans et qu&#8217;il se proclama alors seigneur des deux continents et des deux mers.<\/p>\n\n\n\n<p>En l&#8217;honneur de sa victoire, Mehmed II ordonna la construction en 1459 de Topkap\u0131 Saray\u0131 (\u0637\u0648\u067e\u0642\u067e\u0648 \u0633\u0631\u0627\u064a\u0649) \u00e0 l&#8217;intersection de l&#8217;estuaire de la Corne d&#8217;Or, du d\u00e9troit du Bosphore et de la mer de Marmara. Fut choisi le site d&#8217;une ancienne acropole byzantine, perch\u00e9e sur une colline \u00e0 proximit\u00e9 de la basilique Hagia Sofia. Mehmed II se positionna ainsi comme le successeur du patriarche de Constantinople.<\/p>\n\n\n\n<p>Achev\u00e9 en 1478, Topkap\u0131 Saray\u0131, outre d&#8217;accueillir le sultan, sa cour et son appareil d&#8217;\u00c9tat, avait pour but de conf\u00e9rer une image d&#8217;absolutisme monarchique \u00e0 la dynastie ottomane. Recouvrant plus de 700&#8217;000 m<sup>2<\/sup> et h\u00e9bergeant plusieurs milliers d&#8217;habitants, Topkap\u0131 Saray\u0131 \u00e9tait un complexe imp\u00e9rial dont l&#8217;architecture se voulait un syncr\u00e9tisme assez particulier d&#8217;influences turco-mongoles, romano-byzantines et de classicisme islamique. Consid\u00e9r\u00e9 comme une ville dans la ville et capable de se maintenir en autarcie, le palais renfermait sur son territoire de multiples b\u00e2timents et infrastructures publiques tels que des mosqu\u00e9es, des h\u00f4pitaux, des ateliers ou encore l&#8217;h\u00f4tel des monnaies.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture3-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1367\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture3-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture3-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture3-768x576.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture3-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture3.jpg 1667w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Le palais \u00e9tait s\u00e9par\u00e9 de la ville par de hautes murailles. Si leurs formes pouvaient ressembler aux ch\u00e2teaux m\u00e9di\u00e9vaux, ces fortifications avaient plut\u00f4t un r\u00f4le symbolique que militaire. Il s&#8217;agissait de tenir \u00e0 distance les sujets du sultan, plus mentalement que physiquement, pour garder isol\u00e9 du monde ext\u00e9rieur cet organisme social autonome qu&#8217;\u00e9tait le domaine priv\u00e9 du sultan. Il \u00e9tait d&#8217;ailleurs structur\u00e9 comme une <em>\u043c\u0430\u0442\u0440\u0451\u0448\u043a\u0430<\/em>, ces poup\u00e9es russes qui s&#8217;embo\u00eetent les unes dans les autres. Chaque cour et jardin se nichant \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la pr\u00e9c\u00e9dente, et chaque couche successive \u00e9tant plus priv\u00e9e, isol\u00e9e et myst\u00e9rieuse que la pr\u00e9c\u00e9dente \u2013 ceci diff\u00e9rencie donc fortement le palais ottoman des palais safavides et moghols qui ouvraient grand les portes de leurs int\u00e9rieurs pour charmer les visiteurs. Au contraire, Topkap\u0131 Saray\u0131 se r\u00e9v\u00e9lait peu \u00e0 peu et uniquement \u00e0 certains h\u00f4tes privil\u00e9gi\u00e9s, <em>via<\/em> une s\u00e9quence processionnelle qui conduisait le visiteur officiel d&#8217;une station bien d\u00e9limit\u00e9e \u00e0 une autre. Pour ce faire, l&#8217;architecture du lieu \u00e9tait con\u00e7ue selon une hi\u00e9rarchie spatiale pr\u00e9cise qui servait d&#8217;interface aux quatre cours du palais et qui segmentait les espaces publics des espaces intimes, les espaces administratifs des espaces r\u00e9sidentiels ou auxiliaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Des portes monumentales \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e des trois premi\u00e8res cours servaient \u00e0 canaliser le regard et le flux des visiteurs. Elles me semblent aussi offrir une dimension narrative \u00e0 la travers\u00e9e des diff\u00e9rents espaces c\u00e9r\u00e9moniels, comme autant de chapitres d&#8217;un livre.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re porte, d\u00e9nomm\u00e9e Bab-\u0131 H\u00fcmayun (soit la Porte Imp\u00e9riale) ouvrait sur la premi\u00e8re cour int\u00e9rieure, la Cour des Processions, ouverte au public. Per\u00e7ue comme l&#8217;extension de la ville, cette cour servait \u00e0 maintenir un lien avec le monde ext\u00e9rieur. Ses traverses \u00e9taient bord\u00e9es de hauts cypr\u00e8s et de rang\u00e9es de janissaires, le corps d&#8217;\u00e9lite de l&#8217;arm\u00e9e ottomane. C&#8217;est ici que les sujets d\u00e9posaient leurs p\u00e9titions pour le sultan ou que les pr\u00e9pos\u00e9s des dignitaires en visite attendaient leurs ma\u00eetres.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me porte, d\u00e9nomm\u00e9e Bab-\u00fcs Selam (soit la Porte des Salutations) \u00e9tait la premi\u00e8re \u00e0 n\u00e9cessiter une permission pour la franchir. La cour qu&#8217;elle prot\u00e9geait servait de cadre th\u00e9\u00e2tral pour les c\u00e9l\u00e9brations de c\u00e9r\u00e9monies officielles durant laquelle la puissance et la splendeur de la cour ottomane \u00e9tait cens\u00e9es subjuguer un public de courtisans et d&#8217;invit\u00e9s \u00e9trangers. Cette deuxi\u00e8me cour renfermait \u00e9galement le Divan-\u0131 H\u00fcmayun, soit le conseil imp\u00e9rial qui agissait comme le centre administratif de l&#8217;Empire ottoman.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 travers la troisi\u00e8me porte, d\u00e9nomm\u00e9e Bab-\u00fcs Sa\u00e2de (soit la Porte de la F\u00e9licit\u00e9), l&#8217;on pouvait imm\u00e9diatement apercevoir la salle audience (Arz Odas\u0131) qui coupait la perception visuelle de la troisi\u00e8me cour int\u00e9rieure. Dans la salle d&#8217;audience, aussi appel\u00e9e salle du tr\u00f4ne, le sultan prenait les d\u00e9cisions les plus importantes, ainsi consid\u00e9rait-on cette cour comme l&#8217;organe qui connectait l&#8217;\u00c9tat, la bureaucratie et l&#8217;arm\u00e9e. Seuls les plus hauts dignitaires de l&#8217;empire ainsi que certains ambassadeurs \u00e9taient autoris\u00e9s \u00e0 y entrer.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, la quatri\u00e8me et derni\u00e8re section du palais fonctionnait comme le foyer priv\u00e9 du sultan et de son entourage, soit sa famille, ses concubines, ses consorts, ainsi que des pages, des domestiques et des eunuques, blancs et noirs. Domaine aux allures paradisiaques, il consistait en de nombreux pavillons et jardins intimes dont l&#8217;inaccessibilit\u00e9 lui conf\u00e9rait les attributs d&#8217;un harem.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture4-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1369\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture4-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture4-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture4-768x576.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture4-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture4.jpg 1667w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Primus inter pares<\/em>, le statut du sultan ottoman \u00e9tait initialement celui d&#8217;un seigneur encadr\u00e9 par de nombreux chefs tribaux \u2013 des guerriers disposant d&#8217;une large autonomie.<\/p>\n\n\n\n<p>Au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la consolidation du territoire de l&#8217;Empire amena le sultan Mourad 1<sup>er<\/sup> \u00e0 limiter le pouvoir de cette noblesse f\u00e9odale turcophone en mettant en place un appareil d&#8217;\u00c9tat centralis\u00e9. Parmi ses diverses r\u00e9formes, dont la cr\u00e9ation du Divan, il mit en place le <em>dev\u015firme<\/em>, pratique de recrutement de gar\u00e7ons et d&#8217;adolescents parmi les familles chr\u00e9tiennes des Balkans et de l&#8217;Anatolie. Esclaves, ils \u00e9taient convertis \u00e0 l&#8217;Islam et recevaient la meilleure \u00e9ducation possible dans les arts militaires, les lettres ou l&#8217;administration en vue de former l&#8217;\u00e9lite de l&#8217;Empire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les plus prometteurs d&#8217;entre eux \u00e9taient envoy\u00e9s \u00e0 Topkap\u0131 Saray\u0131 pour parfaire leur formation et \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 conduire la haute administration de l&#8217;\u00c9tat ottoman \u2013 une sorte de technocratie ou de mandarinat dont la loyaut\u00e9 \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e au sultan. Certains d&#8217;entre eux occup\u00e8rent m\u00eame la charge de grand vizir.<\/p>\n\n\n\n<p>Clo\u00eetr\u00e9 dans son palais, le sultan ottoman gouvernait par la m\u00e9diation d&#8217;un corps croissant de subordonn\u00e9s \u00e0 qui il d\u00e9l\u00e9guait son autorit\u00e9 tout en restant \u00e0 l&#8217;apog\u00e9e du pouvoir. Chaque proc\u00e9dure ayant \u00e9t\u00e9 strictement et pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9dict\u00e9e par des lois imp\u00e9riales, ce corps de fonctionnaires, supervis\u00e9 par le grand vizir, pouvait vaquer de mani\u00e8re autonome \u00e0 l&#8217;administration de l&#8217;empire. Le sultan n&#8217;\u00e9tait consult\u00e9 que lors des affaires de la plus haute importance. Ainsi, ne s&#8217;abaissait-il pas \u00e0 s&#8217;occuper de t\u00e2ches indignes de sa stature, tandis que son prestige n&#8217;\u00e9tait pas sali lors de scandales ou de probl\u00e8mes encourus par ses subalternes.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce syst\u00e8me est n\u00e9 la notion de la porte (<em>kap\u0131<\/em>) \u2013 ou Sublime Porte \u2013 soit l&#8217;incarnation, par m\u00e9tonymie, de l&#8217;\u00c9tat ottoman dont l&#8217;administration et l&#8217;ex\u00e9cution de la justice imp\u00e9riale \u00e9taient effectu\u00e9es \u00e0 la porte du sultan par des fonctionnaires sans envergure. Cette machine bureaucratique, toujours plus large, opaque et puissante creusa la distanciation entre le sultan et ses sujets. En effet, l&#8217;efficacit\u00e9 et l&#8217;anonymisation de l&#8217;appareil d&#8217;\u00c9tat permirent aux sultans de se retirer toujours plus dans l&#8217;isolement.<\/p>\n\n\n\n<p>Processus de longue dur\u00e9e, cette intensification de la bureaucratisation et de la hi\u00e9rarchisation du pouvoir ottoman co\u00efncida avec une phase de confessionnalisation des \u00e9lites sous l&#8217;orthodoxie sunnite et de centralisation du pouvoir \u00e0 Topkap\u0131 Saray\u0131.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture5-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1371\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture5-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture5-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture5-768x576.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture5-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture5.jpg 1667w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 l&#8217;\u00e9dification de son palais, Mehmed II mit en place un code de loi dynastique, le Kanunname. Ce codex d\u00e9finissait l&#8217;ensemble des m\u00e9canismes organisationnels de l&#8217;\u00c9tat ottoman ainsi que les proc\u00e9dures c\u00e9r\u00e9monielles. Il s&#8217;agissait pour le sultan de fabriquer une aura de solennit\u00e9 autour de sa personne alors qu&#8217;il accumulait les victoires militaires et les expansions territoriales.<\/p>\n\n\n\n<p>D&#8217;un formalisme extr\u00eame, cette codification des c\u00e9r\u00e9monies palatiales eut un impact certain sur la conception de Topkap\u0131 Saray\u0131, dont la hi\u00e9rarchie sociale fut r\u00e9alis\u00e9e spatialement par l&#8217;\u00e9tiquette, les rituels et l&#8217;architecture.<\/p>\n\n\n\n<p>Rapidement mis en conformit\u00e9 avec la Shari&#8217;a (\u0627\u0644\u0634\u064e\u0651\u0631\u0650\u064a\u0639\u064e\u0629), ce document introduit le concept de s\u00e9clusion du sultan et son retrait du regard public. Ainsi, le sultan se devait de vivre son r\u00e8gne dans le confinement du palais imp\u00e9rial. L\u00e9galement, il n&#8217;avait le droit d&#8217;appara\u00eetre en public que deux fois l&#8217;an, \u00e0 l&#8217;occasion des f\u00eates religieuses d&#8217;A\u00efd al-Fitr (\u0639\u064a\u062f \u0627\u0644\u0641\u0637\u0631) et d&#8217;A\u00efd al-Adha (\u0639\u064a\u062f \u0627\u0644\u0623\u0636\u062d\u0649), mais l\u00e0 encore, uniquement cach\u00e9 derri\u00e8re un baldaquin grillag\u00e9 faisant face \u00e0 la deuxi\u00e8me cour du palais.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture6-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1373\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture6-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture6-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture6-768x576.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture6-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture6.jpg 1667w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>La Sublime Porte \u00e9tait donc le point nodal vers lequel tout l&#8217;Empire convergeait et depuis lequel tout pouvoir rayonnait. \u00c0 mesure que le protocole imp\u00e9rial d\u00e9pla\u00e7ait le sultan hors de la vue du public, jusqu&#8217;\u00e0 devenir totalement inaccessible, il devint par sym\u00e9trie un symbole d&#8217;omnipotence.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette invisibilit\u00e9 \u00e9tait per\u00e7ue comme un moyen essentiel d&#8217;exprimer la grandeur du sultan tant \u00e0 ses sujets qu&#8217;aux \u00e9trangers \u2013 car son isolement ne r\u00e9pondait pas \u00e0 un besoin s\u00e9curitaire, mais faisait office de r\u00e9v\u00e9rence \u00e0 son caract\u00e8re extraordinaire. Le sultan ne pouvait en aucun cas c\u00f4toyer le commun des mortels, il devait demeurer dans une enceinte sanctifi\u00e9e, libre de toute impuret\u00e9 et proche des repr\u00e9sentations du royaume c\u00e9leste.<\/p>\n\n\n\n<p>Pens\u00e9e dans ses moindres d\u00e9tails, la stature du sultan inspirait crainte et admiration. Car ce qui n&#8217;a pas de forme est imperm\u00e9able aux attaques. Intouchable, invincible, impr\u00e9visible, omniscient et perp\u00e9tuellement absent, le sultan incarnait le d\u00e9tachement du monde terrestre et la distanciation du pouvoir avec ceux qui lui \u00e9taient assujettis. Il se pla\u00e7ait ainsi au-del\u00e0 de toute relation de r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture7-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1375\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture7-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture7-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture7-768x576.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture7-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture7.jpg 1667w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Il devint m\u00eame courant que les processions officielles se fissent en l&#8217;absence du sultan ; \u00e0 sa place, ses attributs, comme son turban, \u00e9taient port\u00e9s en \u00e9tendard par des portefaix. Ce strict rationnement de la pr\u00e9sence du sultan et l&#8217;extr\u00eame pr\u00e9caution prise dans la d\u00e9fense de ses quartiers priv\u00e9s ne faisaient qu&#8217;amplifier l&#8217;envie de chaque sujet, de chaque courtisan, de chaque ambassadeur de n&#8217;avoir ne serait-ce qu&#8217;un bref aper\u00e7u du sultan, qu&#8217;une esquisse des myst\u00e8res et tr\u00e9sors renferm\u00e9s dans les zones interdites. Voir l&#8217;invisible, p\u00e9n\u00e9trer dans l&#8217;intimit\u00e9 du dernier pr\u00e9 carr\u00e9 devint l&#8217;obsession des invit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;aime particuli\u00e8rement cette anecdote de l&#8217;\u00e9crivain et aristocrate fran\u00e7ais Alphonse de Lamartine (1790-1869), auteur du <em>Voyage en Orient<\/em> (1835), qui, accompagn\u00e9 du haut diplomate ottoman Ahmet R\u00fcstem Bey (1862\u20131934), tenta par tous les moyens de p\u00e9n\u00e9trer dans la troisi\u00e8me cour de Topkap\u0131 Saray\u0131, sans succ\u00e8s. Il essaya m\u00eame de soudoyer un garde, mais celui-ci refusa, protestant qu&#8217;il y risquait sa t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Priv\u00e9s d&#8217;acc\u00e8s, les visiteurs europ\u00e9ens de passage contribu\u00e8rent \u00e0 nourrir les l\u00e9gendes, les rumeurs et les hypoth\u00e8ses les plus fantasques. En retour, nombreux sont les artistes \u00e0 avoir interpr\u00e9t\u00e9 dans leurs romans, leurs po\u00e8mes ou leurs peintures \u2013 \u00e0 l&#8217;exemple du <em>Bain turc<\/em> (1862) de Jean-Auguste-Dominique Ingres \u2013 les myst\u00e8res du palais interdit ottoman. Ces repr\u00e9sentations orientalisantes ne faisant que renforcer les fantasmes et st\u00e9r\u00e9otypes des Occidentaux \u00e0 propos de la vie du sultan et notamment du harem imp\u00e9rial.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture8-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1377\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture8-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture8-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture8-768x576.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture8-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture8.jpg 1667w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>La complexe structure de Topkap\u0131 Saray\u0131 est responsable de la fragmentation du palais en de multiples espaces, dont l&#8217;acc\u00e8s, fortement restreint, \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9 par le genre, le statut social, l&#8217;\u00e2ge, la fortune, le rang, la fonction ou encore l&#8217;origine.<\/p>\n\n\n\n<p>Hormis l&#8217;acc\u00e8s, l&#8217;architecture d\u00e9limitait le r\u00f4le de chacun selon une \u00e9tonnante \u00ab politique oculaire \u00bb. La disposition des b\u00e2timents et des quartiers, ainsi que l&#8217;abondance de fen\u00eatres grillag\u00e9es \u00e0 la mani\u00e8re des moucharabiehs (\u0645\u0634\u0631\u0628\u064a\u0629\u200e), de jalousies, de jeux de perspective et d&#8217;enfilades, offraient un privil\u00e8ge de regard \u00e0 un regardeur sur un regard\u00e9 qui ne b\u00e9n\u00e9ficiait bien entendu pas de la r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;ensemble du palais semble avoir \u00e9t\u00e9 con\u00e7u sp\u00e9cialement sur la base de ce discours s\u00e9miotique du \u00ab voir sans \u00eatre vu \u00bb, rappelant par ailleurs le panoptique tel que th\u00e9oris\u00e9 par le philosophe utilitariste Jeremy Bentham. Un dispositif destin\u00e9 \u00e0 instituer une distance infranchissable entre le gouvernant et le gouvern\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela \u00e9tait notamment le cas dans les quartiers r\u00e9sidentiels et le harem, ou les membres de l&#8217;entourage du sultan, hommes comme femmes, exer\u00e7aient un contr\u00f4le visuel des diff\u00e9rents espaces en utilisant les structures architecturales construites \u00e0 cet effet.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c&#8217;est le regard du sultan qui jouissait en premier lieu de ce rapport asym\u00e9trique.<\/p>\n\n\n\n<p>Son regard se portait tout d&#8217;abord sur l&#8217;ext\u00e9rieur du palais, sur Istanbul et ses faubourgs, sur la mer et les terres environnantes, \u00e0 travers diverses tourelles, terrasses, loggias, balcons et belv\u00e9d\u00e8res sur\u00e9lev\u00e9s qui \u00e9taient accol\u00e9s aux fortifications. Ainsi, le sultan pouvait observer les parades des guildes, les spectacles publics ou la vie quotidienne de ses sujets.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en \u00e9tait de m\u00eame \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du palais, o\u00f9 des emplacements strat\u00e9giquement plac\u00e9s offraient de multiples angles de vue pour contempler tout ce qui se tramait en son sein, \u00e0 l&#8217;exemple de la loggia plac\u00e9e au-dessus de la Porte de la F\u00e9licit\u00e9, qui permettait au sultan d&#8217;\u00e9pier ses courtisans et ses invit\u00e9s se trouvant dans la deuxi\u00e8me cour.<\/p>\n\n\n\n<p>Chacun de ces postes d&#8217;observation attirait le regard de spectateurs externes, mais ses occupants en \u00e9taient prot\u00e9g\u00e9s par une fen\u00eatre grillag\u00e9e \u2013 tout au plus voyait-on une ombre ou une silhouette. Cette hypoth\u00e9tique pr\u00e9sence, toujours palpable et marqu\u00e9e architecturalement, prolongeait symboliquement le poids du regard invisible du sultan dans tout le palais, m\u00eame en son absence.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture9-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1379\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture9-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture9-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture9-768x576.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture9-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture9.jpg 1667w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Exemple le plus flagrant de l&#8217;utilisation du regard comme instrument de contr\u00f4le et de supervision, la salle du conseil imp\u00e9rial (Divan-i Humayun) voyait le grand vizir r\u00e9unir son cabinet quatre fois par semaine pour g\u00e9rer l&#8217;\u00c9tat ottoman. Directement au-dessus du si\u00e8ge du grand vizir et surplombant la salle, une fen\u00eatre grillag\u00e9e dissimulait le sultan. Celui-ci, immobile, assis silencieusement, encadr\u00e9 par la fen\u00eatre comme une ic\u00f4ne, contr\u00f4lait les d\u00e9cisions qui \u00e9taient prises en son nom, les proc\u00e9dures judiciaires ou encore les n\u00e9gociations avec les ambassadeurs.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture10-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1381\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture10-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture10-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture10-768x576.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture10-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture10.jpg 1667w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Conjointement \u00e0 la s\u00e9clusion du sultan, une autre convention tout aussi stricte fut rapidement d\u00e9ploy\u00e9e. Le protocole de Topkap\u0131 Saray\u0131 exigeait de chaque personne travaillant en son sein, qu&#8217;il soit page, serviteur ou soldat, de se comporter avec courtoisie, calme et dignit\u00e9. En outre, d\u00e8s la deuxi\u00e8me cour, des degr\u00e9s de silence progressivement croissants pr\u00e9valaient dans tout le palais, jusqu&#8217;\u00e0 ne plus entendre que le murmure des fontaines.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet effet, une quarantaine de <em>dilsiz<\/em> (pages sourds-muets) \u0153uvraient dans le palais. En raison de leur nature particuli\u00e8re, ils \u00e9taient les compagnons privil\u00e9gi\u00e9s du sultan et se voyaient souvent confier des missions hautement confidentielles. Leur aisance avec la communication non verbale les rendit indispensables dans une cour dont le d\u00e9corum restreignait la parole \u2013 jusqu&#8217;au chuchotement \u2013 en la pr\u00e9sence du sultan. Ce contingent de sourds-muets d\u00e9veloppa un langage des signes sp\u00e9cifique qui fut ensuite enseign\u00e9 aux autres r\u00e9sidents des cours internes afin de communiquer dans un silence monastique.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors des rarissimes occasions o\u00f9 le sultan sortait du palais, une procession soigneusement organis\u00e9e faisait r\u00e9gner l&#8217;ordre et le silence dans les rues de la ville. Il est rapport\u00e9 que la nuit pr\u00e9c\u00e9dant ces d\u00e9fil\u00e9s, le cheval du sultan \u00e9tait suspendu dans les airs et laiss\u00e9 sans nourriture pour que son pas ait un rythme lent et majestueux, de fa\u00e7on \u00e0 renforcer la magnificence de son cavalier.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture11-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1383\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture11-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture11-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture11-768x576.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture11-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture11.jpg 1667w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Le syst\u00e8me de s\u00e9clusion et de contr\u00f4le du regard n&#8217;\u00e9tait nullement une innovation ottomane. Leurs sultans n&#8217;ont fait que perp\u00e9tuer et complexifier des traditions parfois tr\u00e8s anciennes. Les origines de celles-ci sont multiples ; par exemple, l&#8217;utilisation par le souverain de fen\u00eatres c\u00e9r\u00e9monielles grillag\u00e9es ou drap\u00e9es d&#8217;un voile (shubbak) \u00e9tait une pratique attest\u00e9e et document\u00e9e dans les traditions byzantines, omeyyades, abbassides, fatimides et m\u00eame seldjoukides.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;architecte \u00e9gyptien Hassan Fathy (\u062d\u0633\u0646 \u0641\u062a\u062d\u0649), r\u00e9cipiendaire du premier prix Nobel alternatif en 1980 et th\u00e9oricien d&#8217;un modernisme islamique, pr\u00e9cise d&#8217;ailleurs que traditionnellement \u00ab l&#8217;architecture arabe \u00e9tait orient\u00e9e de l&#8217;int\u00e9rieur vers l&#8217;ext\u00e9rieur, qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une architecture des espaces int\u00e9rieurs et non d&#8217;une architecture des murs \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Au VIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle d\u00e9j\u00e0, les califes abbassides se retiraient de la vie publique dans l&#8217;intimit\u00e9 de leurs palais. Durant les audiences officielles qu&#8217;ils tenaient deux fois par semaine, ils se tenaient assis derri\u00e8re une draperie noire, tandis que vizirs et bureaucrates administraient leur \u00c9tat. Le silence y \u00e9tait \u00e9galement de rigueur : dans la chambre de r\u00e9ception des califes, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 \u00e9tait pr\u00e9serv\u00e9e par des archers ayant l&#8217;ordre d&#8217;abattre les oiseaux avant qu&#8217;ils ne puissent gazouiller.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, la figure du monarque surveillant son peuple de mani\u00e8re cach\u00e9e est un <em>topos<\/em> r\u00e9current du monde islamique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le repr\u00e9sentant le plus connu est celui de Harun al-Rashid, le cinqui\u00e8me calife abbasside. Personnage r\u00e9current des contes populaires arabes comme les r\u00e9cits des <em>Milles et Une Nuit<\/em> (~IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) o\u00f9 il appara\u00eet tant\u00f4t d\u00e9guis\u00e9 en marchand, soldat, artisan ou domestique et explore Bagdad sous couvert de la nuit, seul et sans escorte, dans le but de conna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 de ses sujets et de d\u00e9noncer les injustices. D&#8217;autres auraient fait de m\u00eame comme le calife fatimide al-H\u00e2kim ou plus r\u00e9cemment, le sultan d&#8217;Oman, Qabus ibn Sa\u00efd, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en janvier 2020.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture12-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1385\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture12-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture12-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture12-768x576.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture12-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture12.jpg 1667w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>L&#8217;Empire ottoman comptait l&#8217;une des populations les plus larges et cosmopolites de l&#8217;\u00e8re pr\u00e9moderne, tant en termes d&#8217;ethnicit\u00e9, de langue, de culte que de tradition. Il importait au sultan ottoman, qui n&#8217;\u00e9tait plus \u00e0 la t\u00eate d&#8217;une tribu homog\u00e8ne de nomades, de se profiler comme un souverain universel, y compris en refusant d&#8217;offrir un visage identifiable dans un souci d&#8217;impartialit\u00e9 ethnique.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien plus importante me semble la dimension religieuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s sa victoire de 1517 sur les mamelouks en \u00c9gypte, S\u00e9lim I<sup>er<\/sup> obtint la suzerainet\u00e9 sur les villes saintes de La Mecque, de M\u00e9dine et de J\u00e9rusalem. Ce triomphe lui permit de revendiquer le califat en mettant fin \u00e0 la dynastie abbasside. Son fils S\u00fcleyman le Magnifique adopta, en sus du titre de sultan, le titre de calife et proclama son <em>leadership<\/em> supranational sur tous les territoires de l&#8217;Islam sunnite.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette agr\u00e9gation des pouvoirs spirituel et temporel n\u00e9cessita de consolider la l\u00e9gitimit\u00e9 de commandeur des croyants conf\u00e9r\u00e9e au sultan ottoman.<\/p>\n\n\n\n<p>La l\u00e9gitimit\u00e9 religieuse \u00e9tait par exemple signifi\u00e9e dans le domaine olfactif, les sultans ottomans se parfumant d&#8217;encens et de musc \u00e0 la mani\u00e8re du proph\u00e8te Mohammed (\ufdfa), dans un geste de filiation \u00e0 la sunna (\u0633\u0646\u0629). De m\u00eame, une fumigation r\u00e9guli\u00e8re de l&#8217;int\u00e9rieur de Topkap\u0131 Saray\u0131 visait \u00e0 cr\u00e9er une impression multisensorielle d&#8217;un environnement paradisiaque cens\u00e9 se rapprocher des descriptions coraniques. Oud ou ambre gris, les essences privil\u00e9gi\u00e9es \u00e9taient les m\u00eames que celles utilis\u00e9es pour embaumer la Ka&#8217;ba (\u0643\u0639\u0628\u0629), lieu le plus sacr\u00e9 de l&#8217;Islam.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture13-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1387\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture13-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture13-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture13-768x576.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture13-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture13.jpg 1667w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Il n&#8217;y a pas de place pour l&#8217;incarnation divine dans la tradition islamique, contrairement \u00e0 l&#8217;Hindouisme ou le Christianisme. Mohammed (\ufdfa) et les autres proph\u00e8tes ne sont que les messagers d&#8217;un message plus important que celui qui le transmet ; les rares fois o\u00f9 ils sont repr\u00e9sent\u00e9s dans des peintures ou des miniatures, leur visage est&nbsp; g\u00e9n\u00e9ralement voil\u00e9 ou cach\u00e9 derri\u00e8re une fen\u00eatre. L\u00e0 o\u00f9 le monde byzantin aurait multipli\u00e9 les ic\u00f4nes de saints \u00e0 adorer, le monde musulman pr\u00e9f\u00e8re l&#8217;utilisation d&#8217;images aniconiques telle que la repr\u00e9sentation calligraphi\u00e9e de l&#8217;attestation de foi, la Chahada (\u0671\u0644\u0634\u064e\u0651\u0647\u064e\u0627\u062f\u064e\u0629).<\/p>\n\n\n\n<p>Si depuis Mo\u00efse et les Dix commandements, les religions abrahamiques ont toujours eu tendance \u00e0 condamner les images par crainte de l&#8217;idol\u00e2trie, l&#8217;Islam a peut-\u00eatre d\u00e9velopp\u00e9 l&#8217;une des doctrines les plus rigoureuses \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sultan ottoman, calife de tous les musulmans, protecteur des lieux saints, se r\u00e9clame officiellement de l&#8217;\u00e9cole hanafite, la plus ancienne des quatre \u00e9coles religieuses islamiques sunnites (<em>madhhab<\/em>) de droit musulman et de jurisprudence (<em>fiqh<\/em>). Les juristes hanafites sont les seuls parmi les sunnites \u00e0 avoir d\u00e9fendu un point de vue proche de celui des chiites duod\u00e9cimains iconophiles. Toutefois, face aux concurrences p\u00e9riph\u00e9riques \u2013 la Chr\u00e9tient\u00e9 \u00e0 l&#8217;ouest et la Perse chiite \u00e0 l&#8217;est \u2013 l&#8217;Empire ottoman a articul\u00e9 une d\u00e9finition orthodoxe de l&#8217;Islam sunnite, qui deviendra l&#8217;un des \u00e9l\u00e9ments centraux de son id\u00e9ologie et de son autorepr\u00e9sentation. Le sultan va ainsi prendre le parti de l&#8217;aniconisme, comme en t\u00e9moigne le programme d\u00e9coratif de Topkap\u0131 Saray\u0131 d\u00e9nu\u00e9 de repr\u00e9sentations humaines ou animales, \u00e0 la mani\u00e8re des mosqu\u00e9es et du <em>Coran<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, contrairement \u00e0 une id\u00e9e r\u00e9pandue, le Coran s&#8217;est content\u00e9 de frapper d&#8217;interdiction les seules images con\u00e7ues et r\u00e9alis\u00e9es en vue de leur adoration, celles devant lesquelles le fid\u00e8le aurait \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 de s&#8217;incliner, et non toutes les images. En revanche, l&#8217;Islam fait bien de la prohibition de la repr\u00e9sentation d&#8217;Allah (\u0627\u0644\u0644\u0647) un principe majeur de sa th\u00e9ologie. Dieu est trop grand pour \u00eatre d\u00e9crit, circonscrit ou d\u00e9fini et l&#8217;homme serait bien pr\u00e9somptueux pour oser le d\u00e9peindre et lui imposer des limitations humaines.<\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion, je propose une double lecture de l&#8217;aniconisme de la figure du sultan ottoman. D&#8217;une part, celui-ci se positionnait dans la verticalit\u00e9, plongeant vers les v\u00e9rit\u00e9s intemporelles, spirituelles et permanentes, par opposition \u00e0 l&#8217;horizontalit\u00e9 de la vie humaine, succession d&#8217;instants fugaces sans fiabilit\u00e9, vecteur de mort et d&#8217;oubli. L&#8217;effet recherch\u00e9 \u00e9tant celui de l&#8217;\u00e9merveillement et de l&#8217;\u00e9tonnement face \u00e0 l&#8217;inconnu ; de mani\u00e8re similaire \u00e0 la cr\u00e9ation divine dans la cosmogonie islamique. D&#8217;autre part, le sultan se pr\u00e9occupait de respecter la notion islamique d&#8217;un pouvoir d\u00e9pourvu d&#8217;attributs divins, semi-divins ou surnaturels. Comme les proph\u00e8tes, il est un homme dont l&#8217;individualit\u00e9 lui est retir\u00e9e par sa mission, devenant ainsi un v\u00e9hicule pour la conduite de son Empire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture14-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1389\" srcset=\"https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture14-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture14-300x225.jpg 300w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture14-768x576.jpg 768w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture14-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/candyfactory.ch\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/candyfactory_inspiration_topkapisaray-architecture14.jpg 1667w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">BABAIE &amp; KAFESCIO\u011eLU&nbsp; |&nbsp; <em>Istanbul, Isfahan, and Delhi: Imperial Designs and Urban Experiences in the Early Modern Era<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">BELTING&nbsp; |&nbsp; <em>Florenz und Bagdad: eine west\u00f6stliche Geschichte des Blick<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">HALILO\u011eLU&nbsp; |&nbsp; <em>Stagings of Sacrality in Istanbul\u2019s Topkap\u0131 Neighbourhood<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">HAMADEH&nbsp; |&nbsp; <em>Ottoman Expressions of Early Modernity and the &#8220;Inevitable&#8221; Question of Westernization<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">KAFESCIO\u011eLU&nbsp; |&nbsp; <em>Itinerant Gaze: The Representation of Ottoman and Medieval Anatolian Architecture in the Seyahatname<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">KAFESCIO\u011eLU&nbsp; |&nbsp; <em>Ottoman images of Istanbul in the age of empire: the view from heavens, the view from the street<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">NECIPO\u011eLU&nbsp; |&nbsp; <em>Framing the Gaze in Ottoman, Safavid, and Mughal Palaces<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u00d6ZL\u00dc&nbsp; |&nbsp; <em>Single p(a)lace, multiple narratives : the Topkap\u0131 Palace in Western travel accounts from the eighteenth to the twentieth century<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u015eALGAMCIO\u011eLU <em>et al<\/em>.&nbsp; |&nbsp; <em>Topkap\u0131 Palace: Reflections on social and spatial order<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">SOTH&nbsp; |&nbsp; <em>The secret sign language of the Ottoman court<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">STEELE&nbsp; |&nbsp; <em>An architecture for people: the complete works of Hassan Fathy<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">TOUATI <em>et al.<\/em>&nbsp; |&nbsp; <em>De la figuration humaine au portrait dans l\u2019art islamique<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">UZUN&nbsp; |&nbsp; <em>Ottoman olfactory traditions in a palatial space: incense burners in the Topkap\u0131 Palace<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Proceedings of the conference by Rui-Long Monico held during the seminar &#8220;Art and architecture, society and identity in Ottoman Turkey, Safavid Iran and Mughal India&#8221;, under the direction of Negar Habibi, lecturer of the Unit of art history of the University of Geneva. Published on 20.06.2020, currently only available in French. \u00c9tymologiquement, Topkap\u0131 \u2013 porte [&hellip;]","protected":false},"author":4,"featured_media":1364,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[74],"tags":[61,64,69,71],"class_list":["post-1397","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-architecture-en","tag-architecture-en","tag-ottoman-empire","tag-palace","tag-topkapi-sarayi-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/candyfactory.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1397","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/candyfactory.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/candyfactory.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/candyfactory.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/candyfactory.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1397"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/candyfactory.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1397\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1433,"href":"https:\/\/candyfactory.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1397\/revisions\/1433"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/candyfactory.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1364"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/candyfactory.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1397"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/candyfactory.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1397"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/candyfactory.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1397"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}